L’Association pour le bon usage du Médicament (ABUM) a abordé le sujet à l’occasion de son 5e forum annuel, organisé le 30 mai dernier au Ministère de la santé et de la prévention et en présence des acteurs du secteur pharmaceutique.

Comme dans toute industrie, l’ensemble du cycle de vie des médicaments est source de pollution. “La santé est responsable de près de 8% des émissions de gaz à effet de serre en France, tandis que le médicament pèse pour près d’un cinquième des émissions du secteur de la santé”, selon Thomas Borel, directeur scientifique du Leem, qui intervenait lors de la première table ronde de la matinée. De l’écoconception des molécules à la gestion des déchets, en passant par la production et le transport, le cycle du médicament s’avère long et complexe. La mesure de l’empreinte environnementale l’est tout autant pour les acteurs du secteur pharmaceutique, qui peinent à calculer fidèlement l’empreinte carbone à l’échelle d’une entreprise. C’est pourquoi, “le Leem a conduit des mesures au niveau sectoriel, rappelle Thomas Borel, pour aider les entreprises à mettre en œuvre des actions concrètes plus rapidement.”

Intégrer la problématique RSE dès la conception des produits

Les entreprises pharmaceutiques se targuent d’être proactives sur la thématique RSE. Laure Lechertier, directrice responsabilité sociale chez UPSA, souligne que le laboratoire a intégré l’écoconception au cœur de sa démarche de développement durable. “Nous avons décidé de mener un état des lieux de nos emballages primaires et secondaires sur la notion de recyclabilité”, explique-t-elle. À la suite d’un audit réalisé l’an passé, le laboratoire UPSA s’est fixé des objectifs chiffrés : parvenir à 100% d’emballages recyclables, d’origine recyclée ou biosourcée à horizon 2030. 

Romain Journel, responsable toxicologie environnementale de Sanofi France, considère que pour bien agir, il faut aussi s’informer sur ce que deviennent les molécules une fois mises sur le marché : “Pour une grande partie des 3 000 à 4 000 médicaments commercialisés, nous ne savons pas exactement aujourd’hui ce qu’ils deviennent” constate ce dernier. Chez Sanofi, des plans d’action ont été engagés sur les sites de production pour tenter de pallier ce manque d’information. “Il est important de savoir ce qui sort, de définir des valeurs cibles environnementales et, lorsque c’est nécessaire, de définir des traitements complémentaires au cas par cas et travailler en parallèle avec les sous-traitants sur la question des résidus médicamenteux”, note Romain Journel.

Contrôler l’usage

Les prescripteurs, les dispensateurs et les patients ont aussi leur part de responsabilité dans le contrôle de l’impact environnemental des médicaments. Certaines initiatives commencent à voir le jour. Philippe Besset, président de la Fédération des pharmaciens d’officine (FSPF), a par exemple précisé que la convention nationale pharmaceutique, signée en mars 2022 avec l’Assurance maladie, est la première convention à faire mention de l’environnement. “Même s’il n’y a pas d’économie qui se dégage, il y a une volonté affichée” dit-il. 

Les réflexions autour du bon usage des médicaments prennent de l’ampleur dans les officines et chez les généralistes, en témoignent les intervenants des tables rondes. Ils insistent notamment sur le fait que le stockage de boîtes non utilisées et l’usage excessif d’antibiotiques sont à proscrire pour limiter les effets néfastes à long terme sur le plan de la santé et de l’environnement, puisque la résistance antibiotique devrait devenir la première cause de mortalité dans le monde à horizon 2050, selon les experts. En se concentrant sur la relation entre le pharmacien et le patient, la FSPF espère sensibiliser les patients à la quantité de médicaments qu’ils achètent et stockent dans les armoires à pharmacie.

La consommation de médicaments baisse

“La consommation de médicaments a déjà significativement baissé depuis plusieurs années”, constate Thierry Moreau-Defarges, président de Cyclamed. Chaque habitant consomme désormais en moyenne 42 boîtes de médicaments par an, contre 52 boîtes il y a vingt ans. “Conséquence de cette tendance : l’éco-organisme récupère de moins en moins de médicaments non utilisés”, note Thierry Moreau-Defarges.

Ces dernières années, la législation vise également à encourager les comportements vertueux en faveur de l’environnement. La loi AGEC de 2020, suivie de la loi Climat et Résilience de 2021, ont introduit de nouvelles obligations, notamment pour limiter l’usage du plastique (qui représente encore 40% des emballages pharmaceutiques), pour renforcer le cahier des charges des producteurs dans les filières REP et pour mieux informer les consommateurs via la création d’étiquettes environnementales.

Le Hazard Score, un outil suédois pour réduire l’impact environnemental des prescriptions

Le Hazard Score (ou indice “PBT” pour persistance dans le milieu aquatique, bioaccumulation dans les organismes animaux et toxicité par les biotopes aquatiques) est un outil de mesure mis au point en Suède, qui vise à classer les médicaments selon leur pouvoir polluant. Le score, qui s’échelonne entre 0 et 9, prend en compte la structure chimique des molécules. En France, des médecins ont commencé à tester l’outil pour valoriser la prescription alternative. Paul Frappé, président du Collège de médecine générale (CMG), ainsi que Bastien Dupont et Matthieu Sevenier, tous deux médecins généralistes, sont venus présenter leurs travaux lors du forum de l’ABUM. Bien que le Hazard Score constitue l’unique outil disponible pour mesurer l’impact environnemental des prescriptions à ce jour, il demeure très incomplet, constatent les médecins. Cet indice se concentre sur la toxicité aquatique, sans tenir compte de la pollution des sols, de l’air et de l’impact environnemental des excipients, du conditionnement ou encore du transport des médicaments.