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France : salaires et retraites au cœur des programmes sociaux pour les législatives des principales coalitions

Les 30 juin et 7 juillet, les Français éliront leurs députés après la dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin par Emmanuel Macron. Nous avons comparé les programmes des trois grands blocs (partis présidentiels, gauche et extrême droite) sur les salaires, les retraites, l’emploi, l’égalité femmes-hommes, le temps de travail…

Par Antoine Piel avec Nathalie Tran, Sara Chaouki et Aymeric Marolleau. Publié le 26 juin 2024 à 14h47 - Mis à jour le 27 juin 2024 à 14h54

Les partis ont seulement eu quelques jours pour préparer leur programme. Emmanuel Macron a choisi le délai constitutionnel le plus court pour organiser les élections législatives, dont le premier tour aura lieu trois semaines après la dissolution du 9 juin. Les propositions des trois principaux blocs politiques sont ainsi moins nombreuses et moins détaillées que pour l’élection présidentielle de 2022. Le temps de travail comme les relations sociales ne sont par exemple pas mentionnés par deux des trois coalitions et le handicap au travail ne figure dans aucun des programmes.

Les salaires et les retraites au centre

Un an après la réforme des retraites qui a acté le passage de l’âge légal de 62 à 64 ans face à un grand mouvement de contestation social, le sujet s’impose chez les adversaires d’Emmanuel Macron. Opposés à la réforme, le Nouveau Front populaire et le Rassemblement national proposent tous deux son abrogation, fixant un “objectif du droit à la retraite à 60 ans” pour le premier. Le parti d’extrême droite évoque quant à lui, sans plus de précisions, un système de retraite progressif qui prend en compte la pénibilité réelle des emplois faiblement qualifiés tandis que le NFP plaide en faveur d’un rétablissement des facteurs de pénibilité.

Sur les salaires, les oppositions sont différentes : le camp présidentiel et le Rassemblement national se rejoignent pour les encourager par les baisses d’impôts et de cotisations sur les bas salaires (2 000 euros pour le premier et trois fois le SMIC pour le second). Ensemble propose également d’augmenter le plafond de la prime de partage de la valeur, exonérée d’impôts et cotisations, à 10 000 euros par an. En 2023, 5,9 millions de salariés l’ont touché avec un montant moyen de 885 euros. Le Nouveau Front populaire propose, lui, d’augmenter le SMIC à 1 600 euros net (+ 14,4 %), d’organiser une conférence sociale sur les salaires et de les indexer sur l’inflation, comme c’est le cas en Belgique. 

Réindustrialisation et adaptation des compétences

Concernant l’emploi, la réindustrialisation de la France figure dans les programmes d’Ensemble et du NFP. La majorité présidentielle s'engage à poursuivre le travail déjà engagé dans ce domaine et avance un objectif de création de 200 000 emplois industriels et 400 usines supplémentaires d’ici 2027. Le dernier bilan publié en mai par le ministère de l’Économie et des Finances fait état de 108 000 nouveaux emplois déjà créés dans l’industrie en 2022. Pour encourager la création d’emplois, Ensemble propose également une simplification administrative pour les TPE et les PME et de soutenir celles qui éprouvent des difficultés à rembourser leurs prêts garantis par l’État souscrits lors de la pandémie, pour leur permettre de restructurer leur dette. Pour pallier le manque de compétences, il envisage par ailleurs de favoriser l’accueil de chercheurs de renom, de médecins, d’étudiants à fort potentiel et de travailleurs qualifiés. Dans cette optique, le NFP annonce, quant à lui, une régularisation des travailleurs immigrés. Les partis de gauche souhaitent également lancer une conférence sociale sur les qualifications. De son côté, le RN promet de soutenir financièrement les jeunes et les entreprises faisant le choix de l’apprentissage ou de l’alternance et d’adapter l’offre de formation initiale et continue aux besoins des branches professionnelles.

Le temps de travail, l’égalité femmes-hommes et la RSE sujets de distinction

Plusieurs thèmes sont absents de l’ensemble des programmes des trois coalitions. Sur le temps de travail, le bloc des partis de gauche prévoit d'organiser une conférence nationale sur le travail afin de débattre d’un passage aux 32 heures pour les métiers pénibles et de le promouvoir par la négociation collective. En revanche, si le programme d'Ensemble pour la République n’y fait pas allusion, le Premier ministre Gabriel Attal a annoncé, lors d’une conférence de presse le 20 juin, vouloir expérimenter la semaine en quatre jours pour les salariés qui ne peuvent pas télétravailler. L’idée n’est pas celle d’une réduction du temps de travail mais d’une répartition des heures sur quatre jours au lieu de cinq, à l’instar du dispositif mis en place en Belgique. En France, une expérimentation similaire a déjà été menée en 2023 à l’Urssaf de Picardie sur base du volontariat, mais sans grand succès.

L’égalité femmes-hommes n’est mentionnée chez Ensemble que sous l’angle du congé de naissance, qui serait amené à remplacer le congé parental. Le Nouveau Front populaire veut instaurer l’égalité salariale, sans plus de précision sur les moyens, et propose de créer un congé menstruel, mis en œuvre depuis 2023 en Espagne. Le RN ne l’aborde pas. Ensemble veut par ailleurs développer la pratique du “testing” (vérifier que les entreprises ne discriminent pas à l’embauche), en reprenant une proposition de loi déposée en 2023. Le NFP se distingue de son côté en voulant lutter contre le dumping social au niveau européen, en proposant d’élargir le “droit d’intervention” des salariés dans les entreprises et d’intégrer le burn-out à la liste des maladies professionnelles. Il veut aussi étendre les obligations de vigilance en encadrant la sous-traitance et en en conditionnant les aides aux entreprises à des critères sociaux, environnementaux et de lutte contre les discriminations.  

Retrouver l’intégralité des programmes sur les sites des coalitions politiques : Ensemble pour la République, Nouveau front populaire et Rassemblement national.

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