Comment permettre à une population, dont le taux de bancarisation s’élevait à 64% en 2011, de vendre et acheter en ligne ? Comment la maintenir aussi longtemps que possible sur une plateforme sociale ? Sur un smartphone ? C’est à ce type de questions que les géants technologiques chinois Baidu, Tencent, Alibaba et Xiaomi ont dû répondre pour parvenir à développer leur coeur d’activité. Plus précisément, c’est pour favoriser ses activités de e-commerce qu’Alibaba, société éditrice du site de commerce en ligne Taobao, a commencé à développer son service de paiement numérique Alipay en 2004. C’est pour garder les utilisateurs captifs au sein de ses applications sociales QQ et plus tard WeChat que Tencent s’y est mis à son tour, dès 2005. Baidu, connu pour son moteur de recherche, et Xiaomi, fabricant de smartphones, ont suivi.
Aujourd’hui, Alipay et WeChat revendiquent chacun plus d’un milliard et plus de 800 millions d’utilisateurs de leurs solutions de paiement mobile. Comme les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) aux Etats-Unis, les Big Tech chinoises viennent défier les institutions financières sur leur propre terrain en exploitant les atouts propres à leurs activités initiales : des avancées technologiques, une agilité certaine, de vastes bases de clients et les volumes considérables de données qui les accompagnent. Grâce aux revenus engrangés par leurs activités dans l’e-commerce, les terminaux numériques ou l’édition de jeux vidéos, ces géants se diversifient dans les services financiers via des investissements. mind Fintech a développé une base de données recensant les initiatives des BATX réalisées dans la banque et l’assurance et en livre l’analyse au fil de ce dossier. Sur les 184 activités recensées par nos soins, près de 55% relèvent de la prise de participation.

Reconstruire le système financier grâce aux technologies
Comment différencier les activités financières réalisées par des sociétés du numérique de celles réalisées par des start-up spécialisées dans la finance ? Pour Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, les fintech “prennent le système financier originel et l’améliorent grâce à la technologie”. Les “TechFin”, en revanche, néologisme qu’il a lui-même créé en 2016, cherchent “à reconstruire le système avec de la technologie”. Il ajoutait ensuite, au sujet de l’application Alipay et des services qui l’entourent : “ce que nous voulons faire, c’est résoudre le manque d’inclusivité” du système traditionnel.
Elsa Hu, directrice exécutive de GP Bullhound à Hong Kong, explique à mind Fintech : “Alibaba s’est lancé dans son activité de paiement parce que personne d’autre ne pouvait le faire. Leurs volumes étaient tels qu’ils étaient les seuls à pouvoir construire le système” qui permettrait de gérer les transactions réalisées. Si la question s’est posée il y a seulement une quinzaine d’années, il faut se souvenir qu’à l’époque, l’achat en ligne n’était pas popularisé. En Chine, raconte le consultant Zennon Kapron dans un rapport de Citi Bank, les transactions étaient le plus souvent réalisées en espèces, “ce qui comportait plusieurs risques.