Installez WeChat et vous pourrez tout faire ou presque : discuter avec vos proches, commander à déjeuner, acheter des vêtements, planifier votre voyage à l’étranger, jouer aux jeux vidéos… Surtout, vous pourrez payer en ligne et hors-ligne en utilisant votre wallet WeChat Pay. Et vous aurez accès à des services financiers aussi divers que le paiement instantané entre amis, des solutions d’assurance, d’autres de crédit, etc. WeChat est l’archétype de l’“application lifestyle”, un concept parfaitement rôdé en Chine. “Il s’agit d’un écosystème complet qui regroupe un bouquet de services rendus très pertinents grâce à une connaissance précise des données des utilisateurs”, résume Armand Mazloumian, président du French-Chinese Center et fondateur de l’accélérateur China Booster.
Alipay, créée en 2004 par Alibaba, est l’autre grande application entrant dans cette catégorie. À l’époque, il s’agissait surtout de proposer un système de paiement pour permettre aux acheteurs et vendeurs de la plateforme d’e-commerce TaoBao de réaliser leurs transactions en ligne en toute confiance. En 2009, Alipay a déployé la première version de son wallet mobile. Depuis, le nombre d’utilisateurs et de services, toujours plus divers, n’a cessé de croître. Fin mars 2019, Ant Financial annonçait avoir dépassé le milliard d’utilisateurs actifs annuels d’Alipay et des 9 autres e-wallets que le groupe opère, tandis que Tencent dépassait les 1,16 milliard d’utilisateurs de WeChat à la fin 2019 (voir notre article Les BATX dans les services financiers, cartes d’identité).
Des outils pour l’inclusion financière
Pour comprendre ce qui a permis l’expansion de ces “super-applications”, il faut revenir à la création de la première d’entre elle. Aujourd’hui éditée par Ant Financial, Alipay a d’abord été la propriété de sa maison-mère, Alibaba, géant du e-commerce. Au début des années 2000, explique Yassine Regragui, consultant spécialiste fintech et Chine chez Deloitte, les entreprises technologiques “ont constaté que le système bancaire chinois n’offrait pas de services numériques aussi avancés que ce qu’elles-mêmes étaient capables de proposer.” En outre, la Chine n’avait pas franchi l’étape de l’adoption de la carte bancaire, comme en Occident , et, surtout, le pays présentait un taux élevé de non-bancarisation (encore à 64% en 2011). Les BATX ont donc considéré “que passer directement par le web puis par le smartphone pour faciliter le paiement était la voie la plus évidente ”. L’ajout “d’offres de micro-crédit, de micro-financement sous toutes ses formes, a permis d’améliorer le service rendu au client”, ajoute Yassine Regragui. Avec à terme, un impact positif sur leurs revenus. Notre enquête “Comment les BATX ont pris d’assaut les services financiers en Chine” revient plus longuement sur l’expansion d’Alibaba et Ant Financial et sur la manière dont trois autres géants technologiques – Baidu, Tencent et Xiaomi – se sont mis en situation de combler leur retard.
À l’heure actuelle, deux applications sont tout particulièrement utilisées pour payer au quotidien en Chine continentale : Alipay et WeChat Pay, service intégré à l’application WeChat. Comment les différencier ? “Vu d’Europe, WeChat est censée être comparable à WhatsApp, alors qu’Alipay est le principal point de paiement pour les plateformes e-commerces en Chine (TaoBao, Tmall, etc.)”, explique Yassine Regragui.