Claude de Loupy (Syllabs) : « Il faut sortir l’intelligence artificielle de sa tour d’ivoire »

Image à la une de l'article Claude de Loupy (Syllabs) : « Il faut sortir l’intelligence artificielle de sa tour d’ivoire »
Pour développer efficacement l'intelligence artificielle et en tirer profit, les professionnels doivent la démocratiser et la rendre compréhensible par tous, affirme Claude de Loupy, président et fondateur de Syllabs, start-up française d'analyse sémantique et de rédaction automatique de textes.
Cet article vous est proposé gratuitement par la rédaction.
Lancez votre essai gratuit de 15 jours pour découvrir l’ensemble de nos contenus

Depuis la publication du rapport de la mission gouvernementale sur l’intelligence artificielle, « AI for Humanity », orchestré par Cédric Villani, de très nombreux commentaires ont été publiés, sur le web ou ailleurs. Il est frappant de voir à quel point le niveau du débat est élevé. Tellement élevé que cela me paraît impossible, pour qui n’est pas expert, d’entrer réellement dans la discussion.

Comment, donc, permettre à tous les individus de s’emparer de ce grand changement en pleine accélération et d’en devenir un acteur averti ? A quel moment crée-t-on le lien entre d’un côté ceux qui font l’IA et qui la pensent, et de l’autre ceux qui la vivent, la craignent, la subissent voire l’ignorent, parce qu’ils n’y comprennent rien ? Comment va-t-on rassembler toutes les forces dans leur diversité autour d’un projet déjà classé pour un grand nombre comme un domaine réservé à l’élite ?

La louable volonté d’éthique, le danger d’une éthique décrétée

À Syllabs, nous sommes convaincus que nous avons, comme la plupart des acteurs de l’IA, une responsabilité éthique, culturelle et sociétale. En effet, traiter l’information et la synthétiser sous forme d’articles comme nous le faisons n’est pas un acte anodin. Il peut avoir des conséquences importantes sur la société s’il n’est pas correctement maîtrisé et encadré. Mais, s’il est important de mettre l’éthique au cœur du développement de l’IA, la manière dont le débat a été amorcé est quelque peu inquiétante.

D’un côté, l’éthique est interprétée comme un sain principe de précaution : prédire les dangers pour les prévenir. De l’autre, elle est considérée comme un frein majeur au business. Dans ce dernier « clan », les plus virulents nous avertissent que toute prévision des impacts de cette technologie est impossible et qu’il serait bien dommage, sous prétexte d’essayer de protéger l’intégrité des valeurs humaines, de se faire écraser par la Chine ou les États-Unis qui n’en feraient pas grand cas.

Finalement, le rapport Villani à peine lancé et c’est déjà la cacophonie et les dialogues de sourds. Et c’est bien normal, car nous passons à côté de l’enjeu majeur de la question : l’éthique se construit avec tous ceux qui vont la vivre. La démarche de construction de cette éthique doit être inclusive et se baser sur l’écoute, le dialogue et l’explication. Il est nécessaire d’écouter, et même d’aller chercher les questions qui se posent partout dans la société. Il est fondamental de dialoguer car les réponses à ces questions ne sont pas l’apanage des experts. Il est enfin indispensable d’expliquer.

Ce dernier point implique de la pédagogie et une honnêteté sans faille de la part des experts. L’IA est un domaine particulièrement propice aux phantasmes. Expliquer ce qui est possible et impossible actuellement, tout en répondant aux craintes sur ce qui pourrait être possible demain. La science-fiction est en cela un terrain d’étude fantastique sur ce qui pourrait être possible demain et les experts ne doivent pas laisser ce terrain aux seules mains des artistes car il est extrêmement compliqué, pour des non experts, de distinguer ce qui est fiction de ce qui est possible.

L’intelligence artificielle au service de l’humain… sur-éduqué ?

Lors de son allocution http://www.elysee.fr/declarations/article/transcription-du-discours-du-president-de-la-republique-emmanuel-macron-sur-l-intelligence-artificielle/ au Collège de France du 29 mars 2018, Emmanuel Macron a déployé un discours magistral d’une heure qui commence par des hypothèses leibniziennes et le risque dystopique de l’ambivalence prométhéenne… J’entendais un humoriste à la radio qui soulignait qu’heureusement que Cédric Villani était là, car, à défaut d’y comprendre quelque chose, au moins, on appréciait le spectacle.

Le besoin de se montrer « au niveau »auprès de son audience est compréhensible, mais la complexité de ce discours souligne encore plus la distance entre ce qui se passe actuellement en IA et la nécessité éthique de s’adresser à tous. Plus nous creusons le fossé entre discours expert « sacré » et réalité quotidienne ‘profane », plus nous laissons la place aux phantasmes et aux manipulations qui peuvent mener à un « obscurantisme » dangereux.

Créer le dialogue des intelligences humaines autour de l’IA

Il faut que nous trouvions des moyens qui permettent à tous de se projeter dans cette aventure, de percevoir clairement en quoi elle nous concerne, nous impacte et impacte la société dans laquelle nous vivons. Chacun doit pouvoir se positionner dans cette aventure de l’intelligence artificielle.

En cela, le premier défi de ceux qui innovent est d’accepter de simplifier, de vulgariser, proposer de réfléchir et de débattre sur des sujets qui parlent à tous, voire, qui amusent, interpellent. Il est nécessaire de sortir de cet entre-soi d’experts et d’ingénieurs. Et, avant tout, il est nécessaire d’écouter les doutes et les peurs, d’inciter le questionnement.

Pour aller plus loin
Comment l’intelligence artificielle de Publicis, Marcel, va fonctionner
En juin dernier, Publicis a annoncé travailler à la mise en place d’un outil de travail collaboratif qui s’appuie sur l’intelligence artificielle, baptisé…
11 octobre 2017
Le Times développe sa propre intelligence artificielle pour recruter de nouveaux abonnés
Afin d’augmenter sa base d’abonnés payants, le Times et son édition dominicale le Sunday Times se sont lancés dans le développement d’une intelligence…
16 mars 2018

Voir tous les articles à ce sujet1

Les Echos développe une stratégie éditoriale et commerciale sur l’intelligence artificielle
L’Intelligence artificielle est-elle un sujet porteur pour des développements éditoriaux et publicitaires ? C’est ce qu’estime Les Echos, qui intensifie depuis début mars sa couverture éditoriale…
30 mars 2018
Vous avez une information à nous partager ?
Article à retrouver dans La lettre mind Media n°385
Chaque mois, retrouvez l'essentiel de nos articles
Lundi 11 juin 2018
Nos autres services
Research
La réalisation d'études sur-mesure : benchmark, panorama, newsletter personnalisée, contenus en marque blanche.
En savoir plus
Formations
Nos formations & masterclass : des formats courts pour le management, le coaching de dirigeants, la montée en compétence de profils junior.
En savoir plus
Events
Des conférences d'une demie journée dédiées aux problématiques du secteur et ouvertes à l'ensemble de l'écosystème.
En savoir plus
Ce que vous devez absolument lire cette semaine
Les contenus essentiels de la semaine sélectionnés par la rédaction.
Voir tout
L’IAB Tech Lab peaufine son projet agentique
L’info. Dimanche 1er mars, l’IAB Tech Lab a lancé un registre de ses agents (“Agent Registry”), dans le cadre de son initiative dédiée aux protocoles...
Dékuple a doublé le poids de l’international dans ses activités en 2025  
L’info. Le groupe français de communication et de data marketing Dekuple (Converteo, Reech, Brainsonic…) a publié, vendredi 27 février, un revenu net de 180,5...
Adtech : l’Autorité de la concurrence belge enquête sur Google 
L’info. L’autorité de la concurrence belge a annoncé vendredi 27 février ouvrir une enquête pour déterminer si Google a enfreint les règles...
27 février 2026
WPP revoit son modèle et vise la croissance pour 2028
L’info. WPP a publié jeudi 26 février ses résultats financiers pour 2025. Le groupe britannique affiche un chiffre d’affaires de 13,5 milliards de livres, en recul...
27 février 2026
Les articles les plus consultés du mois sur mind Media
Ce sur quoi les lecteurs cliquent le plus le mois dernier.
Ce sur quoi les lecteurs cliquent le plus le mois dernier.
1
AdCP, ARTF, UCP, AdCOM : panorama des principaux standards agentiques 
Depuis la fin de l’année 2025, le terme agentique s’est imposé dans l’écosystème adtech, et des standards, notamment AdCP et ARTF, ont été lancés. L’annonce de l’agentisation de standards...
19 février 2026
2
Baromètre programmatique de l’open web : peut-on enrayer la chute des investissements ?
Alors que le déclin du display programmatique se poursuit depuis 2021, et que le risque de voir ces investissements divisés par deux d’ici 2030 se profile, le secteur de l’adtech se trouve à un...
3
Adtech : RMC BFM attaque à nouveau Google et augmente les dommages et intérêts réclamés
Selon nos informations, RMC BFM a choisi d’introduire une nouvelle procédure contentieuse devant le Tribunal des activités économiques de Paris, dans son combat contre...
4
Franck Lewkowicz (PubMatic) : “L’arrivée de l’agentique va être encore plus transformatrice que le programmatique, et redéfinir l’écosystème adtech”
La SSP PubMatic, qui depuis 2025 promeut une stratégie de plateformisation et de réorganisation de ses plateformes dans l'objectif de proposer des solutions end-to-end, a présenté en janvier son...
6 février 2026
5
Seedtag lance son offre de CTV en Europe, et s’ouvre au programmatique
Après avoir réorganisé sa direction au niveau mondial cet été, l’adtech espagnole veut accélérer son passage à l’échelle avec le déploiement de son offre de CTV en Europe. Elle prépare également...
6
Tout comprendre à l’IA agentique, la prochaine vague d’automatisation dans la publicité
L'intelligence artificielle agentique, basée sur des LLM, dotée d'autonomie, de capacités d'action et de connexion avec des outils métier, est en passe de redéfinir l'adtech. En dépassant la...
20 février 2026