Les points clés
- À la suite de travaux préliminaires de la Banque centrale européenne, la Commission a proposé en 2023 un règlement sur la création d’un euro numérique, actuellement discuté par le Parlement et le Conseil.
- La Commission et la BCE voient dans l’euro numérique un moyen de conserver l’ancrage monétaire dans un contexte de baisse d’utilisation des espèces, ainsi qu’un outil d’affirmation de la souveraineté des paiements européens.
- L’euro numérique est cependant très critiqué par l’industrie bancaire, qui y voit des investissements mais aussi un potentiel wallet concurrent à ceux du secteur privé.
À quand l’euro numérique ?
- Processus législatif
En 2023, la Commission européenne a publié une proposition de règlement sur la création d’un euro numérique (ou euro digital), c’est-à-dire une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) de détail. Le texte est depuis à l’examen au sein du Conseil de l’Union européenne (UE) et du Parlement européen. “Les États membres pourraient parvenir à la fin de 2025 ou au début 2026 sur une approche commune du Conseil”, prévoit Alexandre Stervinou, directeur des études et de la surveillance des paiements à la Banque de France.
Les parlementaires prendront probablement davantage de temps. Un rapport, élaboré par plusieurs élus, doit être publié la dernière semaine d’octobre 2025, avant sa présentation en commission des affaires économiques et monétaires (ECON) les 5 et 6 novembre, précise l’eurodéputé Fernando Navarrete dans un post LinkedIn. Les parlementaires pourront déposer des amendements jusqu’au 12 décembre ; ceux-ci seront discutés en commission ECON à la fin de janvier 2026. Les réunions de négociation entre groupes politiques se tiendront entre janvier et avril, en vue d’un vote provisoire en commission ECON en mai 2026. Le texte sera ensuite soumis au vote en séance plénière. “Le trilogue devrait donc commencer au second semestre 2026”, anticipe Alexandre Stervinou.
- Élaboration technique
Le parcours législatif découle en fait de travaux préliminaires menés dès 2020 par la Banque centrale européenne (BCE), en réponse aux velléités de Facebook de créer un cryptoactif adossé à un panier de devises. Un premier rapport a été publié fin 2020, qui a servi de base à un programme de travail de l’Eurogroupe (réunion informelle des ministres de l’économie des Etats membres). Les travaux exploratoires se sont poursuivis et en novembre 2023, après une première phase de prototypage, la BCE a lancé une phase de préparation de deux ans pour étudier le design de la future monnaie numérique, ainsi que les règles qui régiront son émission et sa gestion. “L’objectif était d’engager une analyse technique – à la fois sur la technique, l’architecture, la confidentialité, la résilience, la robustesse – et de recueillir des informations auprès du marché et de travailler sur un éventuel scheme de l’euro numérique avec les parties prenantes”, précise Alexandre Stervinou. Des rapports d’étape ont été publiés régulièrement afin de présenter les avancées et les tests entrepris.
En octobre 2024, la BCE a lancé une plateforme d’innovation pour tester le potentiel de l’euro numérique en coopération avec le marché. Un premier rapport a été publié en septembre 2025 (voir encadré).
Reçus électroniques intégrés, paiements conditionnels ou dans les transports
Entre 2023 et 2025, 70 participants (banques, commerçants, fintech, prestataires de services de paiement, universitaires, institutions publiques) ont été retenus et répartis dans deux groupes de travail, entre février et mai 2025. D’un côté, les “visionnaires” devaient “recueillir des idées conceptuelles prospectives sur la manière dont l’euro numérique pourrait soutenir l’innovation dans l’ensemble de l’économie de la zone euro”. De l’autre côté, les pionniers avaient pour mission de réaliser des tests techniques en environnement simulé, avant tout sur les paiements conditionnels (déblocage automatique de fonds selon des conditions prédéfinies).
Selon le rapport publié en septembre 2025 par la BCE, les visionnaires ont évoqué les reçus électroniques intégrés, les paiements conditionnels (paiement à la livraison, dépôt fiduciaire automatisé, paiement par étapes, abonnement flexible et paiement à l’usage ou encore remboursement automatique), ainsi que les paiements dans les transports, l’utilisation de l’IA (gestion automatisée des paiements, gestion vocale des paiements, résolution automatisée des litiges), l’inclusion financière, les paiements BtoB et les paiements transfrontaliers.
Les pionniers, quant à eux, ont testé plusieurs de ces cas d’usage et “ont confirmé la faisabilité technique”. “Bien que certaines des idées présentées puissent être mises en œuvre avec les solutions de paiement existantes, les ateliers ont souligné qu’un euro numérique pourrait offrir de meilleures opportunités commerciales en garantissant l’harmonisation de ces idées et leur portée paneuropéenne”, conclut le rapport.