Face au COVID-19, le recours du paiement sans contact paraît limité en France

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Si des consommateurs militent pour une extension du plafond de paiement sans contact - un moyen de paiement perçu comme plus sûr face au COVID-19 que l’échange de monnaie - sa modification dans l’urgence paraît difficilement possible. Son usage, lui, pourrait se multiplier de façon circonstancielle.
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En pleine crise du coronavirus, nombreux sont les internautes qui conseillent l’usage du paiement sans contact, voire demandent que son montant maximal – 30 euros lorsqu’on utilise une carte bancaire – soit relevé. Le motif ? Ce mode de transaction leur paraît plus sûr que l’échange de pièces ou de billets, sur lesquels le COVID-19 pourrait rester actif pour une durée indéterminée.

Confiner la monnaie pour éviter de propager le virus

Début mars, l’Organisation Mondiale de la Santé conseillait dans la presse britannique l’usage du paiement sans contact. Le ministère français de la Santé a estimé plus récemment que le risque de contamination par des pièces, billets ou cartes de crédit était « très faible« . Difficile de s’y retrouver, tant les données manquent, mais il est certain que plusieurs banques centrales ont pris des mesures drastiques. En Chine, en Corée du Sud et, dans une certaine mesure, aux Etats-Unis, les billets susceptibles d’avoir été contaminés ont été “confinés” pendant 7 à 14 jours.

Pour éviter d’en arriver là, suffirait-il de développer fortement le recours au paiement sans contact ? Basé sur la technologie de Near Field Communication (NFC), elle-même basée sur la transmission Radio Fréquence Identification (RFID), cette méthode permet de payer en n’approchant que de quelques centimètres une carte bancaire ou un smartphone d’un terminal de paiement. S’il semble délicat de trancher d’un point de vue sanitaire, le potentiel d’adoption est réel. Les cartes bancaires, souligne Andréa Toucinho, directrice des études et de la prospective chez Partelya Consulting, “sont déjà le moyen de paiement favori des français”. Le paiement sans contact, lui, représentait 28% des transactions réalisées par carte au troisième trimestre 2019, selon les chiffres de l’Observatoire CB.

Juste milieu entre innovation et sécurité

Pourrait-on alors relever les plafonds, actuellement fixés à 30 euros par transaction et à 5 paiements maximum avant que l’utilisateur ne doive taper son code PIN ? Jean-Rémi Barrot, directeur marketing des services financiers chez Idemia explique que le groupe de sécurité numérique “a émis entre 80 et 85% de cartes équipées de la technologie NFC en 2018 et 2019, et estime à 75% le nombre de cartes équipées en circulation”. Mais il rappelle que le passage du plafond de 20 à 30 euros a nécessité le renouvellement du parc de cartes.

Au Canada et au Royaume-Uni, pourtant, on constate que Desjardins et Barclaycard ont choisi de relever le maximum accepté des transactions en sans contact, respectivement de 100 à 250 dollars à partir du 20 mars et de 30 à 45 livres à partir du 1er avril. Quant à Mastercard, elle annonce le 25 mars faciliter le relèvement du plafond de paiement sans contact décidé dans 29 pays d’Europe (hormis la France). Contacté par mind Fintech, le Groupement Cartes Bancaires explique de son côté qu’en France, « tout changement de plafond nécessite de reprogrammer conjointement plus de 60 millions de cartes CB et plus de 1,5 million de terminaux ». Il précise qu’il ne vaut mieux pas courir un tel risque informatique « pour un système qui a la confiance des porteurs et qui peut sécuriser la majorité des besoins ». Le GIE CB souligne en effet que 66% du total des transactions par cartes relevées en 2018 étaient d’un montant inférieur à 30 euros, donc réalisables sans contact.

Par ailleurs, relève André Toucinho, le plafond “a été fixé ainsi pour des raisons de sécurité” (lire notre dossier Comment s’organise la lutte contre la fraude à la carte bancaire ?). Il permet d’éviter, en cas de vol, que le fraudeur puisse utiliser la carte bancaire sans limite. Le niveau de ce seuil est officiellement fixé “par les régulateurs nationaux, la Banque de France dans notre cas”, rappelle l’experte. Mais la mesure relève d’une décision de place, d’un accord trouvé entre les banques, les acteurs technologiques, les fintech, “qui poussent d’ailleurs pour une augmentation du plafond jusqu’à cinquante euros, continue-t-elle. Mais ils sont aussi en discussion avec les associations de consommateurs et le régulateurs, qui adoptent, eux, une position un peu plus réservée.” Le défi consiste à trouver un juste milieu entre innovation et sécurité.

Le paiement mobile encore loin d’être généralisé

Autre option, pour ceux qui souhaiteraient éviter de manipuler de la monnaie : le paiement via smartphone (lorsqu’ils sont équipés du NFC), et les cartes dématérialisées. Le service est proposé par des Big Tech – Apple avec Apple Pay, Samsung avec Samsung Pay – comme par des banques (Paylib). Les acteurs technologiques n’imposent souvent aucune limite au montant de la transaction, sécurisée par cryptogramme, empreinte digitale, ou code PIN (inscrit sur le smartphone).

Problème : sur le marché français : l’usage peine à décoller. Andréa Toucinho l’explique par la spécificité du marché français, “où l’appétence à la carte est vraiment forte, avec un taux de satisfaction de plus de 90%. Cela avait posé beaucoup de questions au lancement de l’Instant Payment, et pour l’adoption du paiement mobile, c’est pareil.” Idemia, qui fournit aussi des cartes virtuelles à ses clients, “s’attend à une progression de 400 à 500% du nombre de cartes émises en 2020”, souligne Jean-Rémi Barrot. Mais il convient que le nombre de cartes à partir duquel cette progression démarre est certainement faible. En France, Statista évaluait à seulement 2,2% les transactions réalisées via smartphone en 2019.

L’avenir dira si la crise du COVID-19 fait bondir ce chiffre, mais Andréa Toucinho n’y croit pas vraiment. “Elle entraînera peut-être une hausse circonstancielle de l’usage du sans contact. Mais on se rend compte que la modification des usages de paiement est très lente et compliquée.” Après tout, le chèque sert toujours, quand bien même les acteurs de la place le jugent obsolète.

Edition 25 mars : ajout des mentions de Desjardins, Barclaycard, Mastercard et des précisions du GIE Cartes Bancaires.

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