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Bernard-Louis Roques
Cofondateur et general partner Truffle Capital depuis septembre 2001
Les fintech font face à un tournant majeur. Après avoir connu l’euphorie de l’ère de l’argent quasi gratuit de 2014 à 2022, une période marquée par des taux directeurs très bas, voire négatifs, de la Banque centrale européenne (BCE), maintenant les taux nominaux bien en dessous de l’inflation, elles subissent désormais la remontée des taux réels. Ceux du Bund à 10 ans – rendements corrigés de l’inflation – sont passés de -6 % en 2022 pour se stabiliser à environ 1 % fin 2025 sous l’effet du resserrement monétaire de la BCE (voir graphique).

Un changement de paradigme brutal
À l’époque, l’abondance de liquidités des deux côtés de l’Atlantique résultant des taux bas a poussé les investisseurs institutionnels à se reporter sur des actifs plus risqués et rémunérateurs, dont le private equity (PE) : des fonds de venture capital aux géants du LBO, le secteur attire massivement les capitaux, dont une partie irrigue l’écosystème des start-up. En 2021, les fintech captent, au niveau mondial, 132 milliards de dollars sur un volume total record de 621 milliards d’investissements en capital-risque, selon les données de CB Insights. Sous l’effet d’une forte pression concurrentielle, les investisseurs financent des projets plus risqués et font grimper les valorisations à des niveaux jugés démesurés.
Le rebond des taux a corrigé ces excès, contracté la liquidité et réduit les financements : les sorties des acteurs du PE, via les IPO et le M&A – sont devenues plus difficiles et moins rémunératrices, notamment en France. Les levées de fonds prennent plus de temps. Le resserrement monétaire se traduit par une tension sur le coût moyen de financement des entreprises, dette et fonds propres inclus. “Avec la hausse des taux en 2023, la dette est devenue plus chère, les investisseurs exigent des rendements plus élevés, le coût du capital et le taux d’actualisation des flux futurs augmentent et compriment les valorisations”, note Stéphane Olmi, managing partner chez Gimar & Co.