“Outre son potentiel largement reconnu d’amélioration de la transparence, avec un meilleur suivi des transactions et des droits de propriété, la DLT [technologie de registre distribué, Ndlr] présente également un bon rapport coût-efficacité et une disponibilité 24 heures sur 24”, affirmait en janvier 2023 Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France, dans un discours sur les opportunités et les défis de la tokenisation de la finance. Conscients de ces avantages, les grands groupes bancaires français se sont tous lancés, à des rythmes et degrés différents, dans des expérimentations de tokenisation au cours des dernières années.
Trade finance et dette tokenisés
Le point de départ se situe en 2017, lorsque l’ordonnance dite blockchain (l’ordonnance n°2017-1674 relative à l’utilisation d’un dispositif d’enregistrement électronique partagé pour la représentation et la transmission de titres financiers) est publiée. Elle autorise le recours à la DLT pour le transfert des titres non cotés et des parts de fonds.
Après une phase d’acculturation à la technologie, “le marché s’est d’abord tourné vers le trade finance à partir de 2018, mais les premiers cas d’usage n’ont pas réussi à passer à l’échelle”, se souvient Guénolé de Cadoudal, responsable de la division digital assets chez Crédit Agricole CIB. Puis, sur les cendres du trade finance, sont apparus “les premières émissions souveraines de dettes tokénisées en 2020”, poursuit Guénolé de Cadoudal. Les résultats se sont montrés plus concluants. “La tokenisation d’obligations est pertinente en termes de chaîne de valeur, d’opportunités métiers et de gestion du risque”, confirme Julien Clausse, responsable d’AssetFoundry, l’une des plateformes de tokenisation de BNP Paribas CIB.
Qu’est-ce que la tokenisation d’actifs ?
En février 2025, le groupe de travail dédié à la tokenisation au sein de l’Association pour le développement des actifs numériques (Adan) a défini la tokenisation comme “l’opération qui consiste à transformer un actif en un ou plusieurs titres librement négociables sur une DLT” (technologie de registre distribué).
Dans le domaine financier plus précisément, la tokenisation “couvre l’émission, l’échange et le stockage de représentations numériques et programmables d’actifs financiers, d’actifs réels ou de dépôts bancaires sur des registres distribués”, présentait Agnès Bénassy-Quéré, seconde sous-gouverneure de la Banque de France, en septembre 2025.
Tokenisation de parts de fonds
Mais les instruments financiers qui captent le plus d’attention actuellement sont les parts de fonds, et plus particulièrement les fonds monétaires (MMF) tokenisés, ainsi que les fonds d’investissement alternatifs (FIA). La tokenisation des fonds monétaires (MMF) s’illustre notamment par le fonds tokenisé de BlackRock, BUIDL, lancé en mars 2024 sur Ethereum. Depuis étendu à plusieurs blockchains, le MMF tokenisé cumule plus de 2 milliards de dollars d’actifs, selon le fournisseur de données RWA.xyz.