Pouvez-vous rappeler l’objectif du Fonds européen pour la souveraineté numérique, que vous présidez ?
L’objectif de ce fonds européen est en lien avec une problématique que nous avons en Europe depuis plusieurs décennies : nous sommes capables de créer et de financer les start-up dans leur phase de démarrage, mais lorsque ces sociétés deviennent plus grandes, c’est-à-dire des scale-up, et qu’elles requièrent des tickets plus importants, il n’y a plus de financiers en Europe capable de les accompagner.
Comment est née l’initiative European Tech Champions Initiative (ETCI) ?
L’idée de cette initiative a germé sur la base de statistiques. Une enquête que nous avons menée nous a appris que 75% des sociétés européennes à forte croissance sont, dans la phase late stage (séries C et D), refinancées ou rachetées par des fonds américains ou asiatiques. Cela touche tous les pays européens, il n’y a pas d’exception en la matière. Nous avons alors essayé de convaincre un certain nombre de pays européens que la seule solution était de s’unir pour pouvoir lancer un programme qui puisse, en trois temps :
1) financer les scale-up ;
2) créer des intermédiaires, c’est-à-dire des fonds d’investissement capables d’accomplir la mission de sélection des entreprises ;
3) créer un marché de l’equity en Europe
Comment et par qui est financé votre fonds ?
Pour l’heure, le fonds a rassemblé 3,75 milliards d’euros. Lorsque cette initiative a été lancée, en février 2022, 22 pays l’ont supportée et ont signé un accord de soutien, avec un engagement total de 10 Mds €. Pour l’heure, le fonds a été financé par 5 pays : la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne et l’Italie. La France, l’Allemagne et l’Espagne ont mis chacun 1 Md €. L’Italie et la Belgique ont mis respectivement 150 M€ et 100 M€. Notre initiative a été lancée juste avant la crise ukrainienne, qui a engendré un certain nombre de changements dans les priorités budgétaires. C’est ce qui fait que nous avons eu moins de pays qui ont souscrit dès le départ.