« Le rapport Schwartz ne répond pas aux besoins de la presse en ligne »

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Sollicité par le gouvernement et publié en juillet, le rapport Schwartz recommande une réforme en profondeur des principes encadrant la distribution de la presse, en crise. Ils s'appliqueraient désormais également aux kiosques numériques, comme SFR Presse, ePresse et LeKiosk. Sur ce dernier point, les propositions formulées sur ne sont pas les bonnes, estime le PDG d'ePresse, Jean-Frédéric Lambert.  
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Le rapport Schwartz, remis à la ministre de la Culture fin juillet, contient dix propositions pour réformer la distribution des journaux et des magazines, ainsi qu’un volet sur la diffusion numérique de la presse. Sur ce point en particulier et concernant les kiosques numériques, le rapport émet deux préconisations : la régulation et transparence des mises en avant des titres sur les plateformes numériques, ainsi que l’obligation de diffusion par le kiosque des titres d’information politique et générale.

De notre point de vue, ces recommandations ne répondent pas aux besoins de la presse en ligne constatés sur le terrain des kiosques numériques existants en France. En effet, les « vrais » kiosques numériques sont peu nombreux en France – on en dénombre moins d’une dizaine – et distribuent en format digital payant plus de 1 000 journaux et magazines.

Le problème vient des GAFA

Les auteurs du rapport Schwartz font probablement ici un amalgame entre la distribution par les GAFA des contenus de la presse et les kiosques numériques.

Car les maux évoqués dans le rapport concernent essentiellement les GAFA (Google Actualité, Instant Articles de Facebook, etc…) à qui on peut effectivement reprocher un manque de transparence et une sélection de titres par des algorithmes pas toujours très pertinents. Dans la mesure où la loi sur le droit voisin appliquée à la presse n’est pas encore mise en place, les GAFA ne paient toujours pas pour le contenu qu’ils diffusent, et sont uniquement un générateur de trafic pour quelques « happy fews » , soit les sites des groupes de presse les plus importants.

De surcroît, ce modèle ne génère pas suffisamment de revenus pour les éditeurs pour assurer leur survie, et en tout cas délaisse les plus petits. Pourtant, une loi qui obligerait les GAFA à payer les éditeurs pour les contenus diffusés – avec ses avantages et inconvénients – ne réglerait pas les problèmes de transparence et de référencement invoqués par le rapport Schwartz. En effet, comme c’est le cas actuellement, les algorithmes des diffuseurs continueront à sélectionner uniquement les articles susceptibles de générer du trafic et tous les éditeurs sous le radar de l’algorithme n’auront aucune retombée.

Par ailleurs, les kiosques numériques ne tombent sous aucune de ces critiques. Ce sont de vrais acteurs en faveur de la distribution de la presse, au même titre que les kiosques physiques pour la presse papier.

Le secteur de la presse numérique a connu une croissance spectaculaire en 2017, due d’une part à une offre marketing adaptée (abonnement forfaitaire pour une lecture illimitée), d’autre part à une abondance de l’offre de titres présents sur les kiosques (cinq à six fois plus importante que celle des kiosques physiques) mais également grâce à l’appui des opérateurs télécoms qui ont distribué leurs services à leurs abonnés.

Les chiffres de l’ACPM montrent qu’en 2017, ce mode de consommation de la presse en format numérique a été largement plébiscité : près de 800 000 lecteurs réguliers ont utilisé ces kiosques et ne sont pas passés par les sites des éditeurs.

Les éditeurs doivent travailler ensemble… et avec les kiosques en ligne

Alors à partir de là, quels sont les véritables difficultés et défis à traiter pour que la diffusion numérique soit réellement bénéfique aux éditeurs ?

Il faut tout d’abord se pencher sur la technique. Les grands groupes de presse ont les moyens de faire les développements nécessaires pour exister sur internet contrairement aux petits et moyens éditeurs, par exemple avec l’aide du fonds Google DNI, « Digital News initiative », qui distribue des millions d’euros à cette fin tous les ans. Une première solution serait donc que les kiosques et agrégateurs de contenus digitaux offrent une solution technique standard, low cost et mutualisable pour que tous les éditeurs puissent accéder de la même manière à tous les canaux de diffusion. Cette mutualisation de la technologie permettrait une économie d’échelle et une meilleure utilisation des ressources de tous.

Le prix de vente est un également un point à soulever. La presse par internet peut redevenir un produit populaire comme elle l’était il y 100 ans à condition que l’offre soit adaptée au mode de consommation en ligne. Elle doit, tout en restant payante, tenir compte des moyens des lecteurs qui ne sont pas extensibles. Le consommateur ne peut pas multiplier les abonnements. Il va donc arbitrer entre les informations gratuites auxquels il a accès sur internet et les montants qu’il est prêt à investir pour avoir un contenu plus riche, mais payant.

Pour illustrer ce problème, notons que l’abonnement à un seul quotidien national coûte aujourd’hui plus cher qu’un abonnement annuel à un fournisseur d’accès à internet.

La musique et la vidéo ont su se sortir du piège de la gratuité en inventant l’abonnement forfaitaire qui donne accès à des contenus en illimité. De telles offres peuvent se développer dans le domaine de la presse. Elles ont l’avantage de permettre la découverte et la lecture de tous les titres et de ne pas limiter la diffusion à des titres d’information politique et générale comme le préconise le rapport Schwartz.

La consommation illimitée pour un prix forfaitaire peut engendrer des volumes suffisants pour assurer de vrais revenus aux éditeurs. Les expériences organisées avec l’aide des opérateurs de télécommunication en 2017 ont déjà montré l’engouement possible pour de telles offres : plus de 400 000 lecteurs réguliers chez SFR, 250 000 à 300 000 lecteurs chez Orange et 150 000 lecteurs chez Bouygues qui ont téléchargé jusqu’à 400 000 titres par jours.

Une bonne coordination des éditeurs entre eux leur permettrait de gagner la bataille contre les GAFA en utilisant les instruments existants et au bénéfice du plus grand nombre, car c’est là que se situe le véritable enjeu de la presse numérique.

Rapport Schwartz : 10 propositions pour revoir la loi Bichet
A la demande du gouvernement, Marc Schwartz, conseiller maître à la Cour des comptes, assisté de Fabien Terraillot, ingénieur des mines, ont remis fin juillet 2018 leur rapport pour moderniser la distribution de la presse régie par la loi Bichet de 1947. Parmi ses principales propositions : l’abandon du système coopératif obligatoire, l’instauration d’un droit à être distribué dans des conditions transparentes et non discriminatoires, la régulation du secteur confiée à l’Arcep (qui serait rebaptisée), et l’extension des nouveaux principes à tous les kiosques numériques. Un avant-projet de loi reprenant les recommandations du rapport pourrait être discuté au Parlement cet automne (lire le rapport complet sur le site du ministère de la Culture).
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