Cryptomonnaies : mieux les comprendre pour les taxer plus équitablement

Image à la une de l'article Cryptomonnaies : mieux les comprendre pour les taxer plus équitablement
Les cryptomonnaies ne se réduisent pas au Bitcoin, loin s’en faut. Dans une tribune exclusive pour mind Fintech, Zahreddine Touag, co-fondateur et head of trading chez Woorton et Benoît Couty, avocat associé chez Pichard & Associés, soulignent la nécessité d’appréhender la variété des approches et des comportements vis-à-vis de ces biens immatériels pour définir une politique fiscale juste et cohérente.
Cet article vous est proposé gratuitement par la rédaction.
Lancez votre essai gratuit de 15 jours pour découvrir l’ensemble de nos contenus


Comprendre quels sont les circuits des cryptos et les points de contact avec système financier traditionnel

Les cryptos ne peuvent s’échanger qu’entre adresses au sein de la blockchain et n’ont pas de cours légal comme le dollar ou l’euro. Afin d’en acquérir en échange de devises, il est donc nécessaire de les acheter soit à leur émetteur (s’il y a une émission), soit sur des plateformes d’échange fiat/crypto selon les cotations existantes (seules les cryptos les plus reconnues sont échangeables contre des fiat). La plateforme d’échange fiat/crypto la plus importante est aujourd’hui Coinbase mais de nombreuses plateformes similaires existent dans le monde entier.

D’autres plateformes, comme Binance ou Bittrex ne permettent pas d’échanger des fiat contre des crypto mais uniquement les cryptos entre elles. Chacune met à disposition de ses clients une adresse spécifique par crypto afin qu’ils puissent transférer et échanger leurs cryptos comme bon leur semble entre les différentes plateformes d’échange et vers ou depuis leurs adresses personnelles.

Enfin, certaines sociétés, comme Plus 500, Etoro ou CMC Market proposent à leurs utilisateurs de prendre des positions à l’achat ou à la vente de crypto afin d’exercer une activité de spéculation, le plus souvent intraday (achat et revente de crypto en quelques minutes ou quelques heures pour parier sur une hausse ou une baisse pendant cette période). Dans ce cas, l’utilisateur n’acquiert pas de crypto et ne fait que passer un contrat appelé CFD (Contracts For Difference), portant sur des crypto sous-jacents, avec la société qui propose ce service.

Comprendre que les détenteurs de cryptos n’ont pas tous la même approche ni le même comportement

Au vu de ce qui précède, on comprend que l’investisseur en crypto peut avoir des objectifs et des comportements très variés. Certains sont de véritables traders qui profitent de la très grande volatilité des cryptos pour réaliser des gains importants. Ceux-là échangent régulièrement des cryptos entre elles sur une ou plusieurs plateformes de trading ou prennent des positions à la hausse ou à la baisse sur des plateformes proposant des CFD, le plus souvent avec effet de levier. Ils détiennent plusieurs adresses en ligne ou gérées par une plateforme, observent les cours placent des ordres et retirent leurs gains régulièrement contre des fiat. Ce type d’investisseur exerce donc une réelle activité à but lucratif comme une autre, source principale ou accessoire de revenus, ou de pertes.

Certains, par opposition, font un investissement de long terme, misant sur le développement des cryptos et de l’économie de la blockchain. Ils choisissent une ou plusieurs cryptos dominantes (comme le Bitcoin ou l’Ether), utilisent une plateforme d’échange pour les acquérir contre des fiat puis les stockent sur une adresse dont ils détiennent eux-mêmes la clé privée en espérant voir la valeur de leurs actifs multipliée quelques années plus tard. Ce type d’investisseur adopte une approche patrimoniale qui n’a rien d’une activité à but lucratif à proprement parler.

D’autres investissent dans des start-up de la blockchain auxquelles ils croient en souscrivant aux ICOs (levées de fonds par émission de cryptos). Leur pari se base sur un projet d’une ou plusieurs entreprises en particulier plus que sur la croissance globale des cryptos. Ce type d’investisseur, lorsqu’il conserve son investissement sur le long terme, peut s’apparenter à un business angel ou à une activité de capital risque.

Enfin, dans certains cas, encore rares mais qui ont vocation à se développer, l’acquisition porte sur des tokens destinés à être consommés en échange de biens ou services proposés par les sociétés qui les émettent, ce qui relève d’une simple activité de consommation, et non d’un investissement.

Pour définir une politique fiscale juste et cohérente

La dernière position officielle connue de l’administration fiscale concernant les gains retirés de la cession de cryptos consiste à les taxer comme des revenus d’activité, soit selon le régime des BIC si cette activité est habituelle, soit selon le régime des BNC si elle est occasionnelle. Ce régime aboutit à une imposition très lourde qui peut atteindre plus de 60% (en fonction du montant des gains).

Si cette position était maintenue en l’état, celui qui aura acquis des Bitcoin et les aura cédés après les avoir conservés pendant 5 ou 6 ans dans un coffre-fort inerte du type cold wallet sera taxé comme celui qui réalise des gains sur des opérations de trading intraday ou CFD à effet de levier.

Idem pour celui qui aura contribué au développement de l’économie de la blockchain en finançant ses start-up.

Idem pour celui qui aura consommé des cryptos pour obtenir un service ou acquérir un bien puisque l’administration précise que “les gains sont imposables, quelle que soit la nature des biens ou valeurs contre lesquels les bitcoins sont échangés (échange des bitcoins contre des euros, mais aussi achats de biens de toute nature réglés par des bitcoins)”.

Ce traitement fiscal indifférencié signifierait une absence totale de politique fiscale, laquelle s’évertue habituellement à distinguer les revenus du travail des revenus du capital, les produits spéculatifs des produits d’épargne ou encore le financement de l’activité économique de la gestion patrimoniale.

Ceci étant dit, l’espoir d’une vaste et saine réflexion sur le sujet est bien là car la position de l’administration est antérieure à la création de la flat tax de 30% sur les revenus de capitaux mobiliers et les plus-values de cession de valeurs mobilières, applicable à compter du 1er janvier 2018.

Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement a d’ailleurs récemment évoqué la possibilité de soumettre les gains des crypto à cette flat tax, avant semble-t-il de se rétracter après avoir été informé de la position officielle beaucoup moins favorable de l’administration fiscale.

Il reste que cette dernière a également considéré dans une autre doctrine officielle plus récente que les “plus-values sur devises sont normalement taxables selon le régime des plus-values sur biens meubles” et que “il sera admis qu’elles ne soient pas taxées au moment de leur réalisation lorsque les devises sont utilisées pour l’acquisition de valeurs mobilières, dans le délai de deux mois prévu par la réglementation des changes”.

En effet, la position traditionnelle du fisc concernant les gains de change sur un marché de gré à gré du type forex, est d’appliquer le régime des plus-values pour les gains occasionnels et le régime des BNC pour les revenus réguliers avec un effet de levier.

La doctrine administrative semble donc contradictoire sur le sujet et ce point devra être clarifiée lors des commentaires administratifs qui seront publiés concernant le nouveau régime de la flat tax de 30%.

Pour ce faire, les services de Bercy devront prendre en compte la complexité du monde des crypto et devraient en toute logique distinguer les différents comportements évoqués plus haut afin de mettre sur pied un régime fiscal cohérent, qui ne soit pas une sanction aveugle des cryptos ni un frein au développement de l’économie de la blockchain.

 

Pour aller plus loin
Futures sur bitcoin : vers une professionnalisation du marché ?
Zahreddine Touag (Paris Dauphine, ex-Natixis, BBVA, SGCIB), Karim Sabba (ESCP Europe, ex-Natixis, Amundi, Oddo & Cie) et Charlie Meraud (Paris Dauphine, ex-Rocket Internet, Blackfin Capital…
27 novembre 2017
Vous avez une information à nous partager ?
Nos autres services
mind Research
Décider : un service de recherche et de market intelligence sur mesure pour alimenter vos analyses et appuyer vos prises de décisions.
En savoir plus
mind Events
Se rencontrer : des conférences d'une demie journée dédiées aux problématiques du secteur et ouvertes à l'ensemble de l'écosystème.
En savoir plus
mind Ads
Communiquer : des dispositifs sur mesure pour maximiser votre visibilité et engager une communauté de professionnels qualifiés.
En savoir plus
Ce que vous devez absolument lire cette semaine
Les contenus essentiels de la semaine sélectionnés par la rédaction.
Voir tout
Younited vise un rendement des fonds propres supérieur à 10 %
L’info. Younited, spécialiste européen du crédit en ligne, a atteint la rentabilité en 2025, générant un résultat net IFRS positif de 7,3...
20 mars 2026
BoursoBank muscle son offre pour les pros
L’info. BoursoBank, qui a lancé fin 2024 son offre pour les entrepreneurs individuels Bourso Business (remplaçant Boursorama Pro, datant de 2017), élargit son panel de...
20 mars 2026
Monnaie de banque centrale tokenisée : la BCE détaille la feuille de route des projets Appia et Pontes
Le 11 mars, l'Eurosystème a publié la feuille de route des projets Pontes et Appia, consacrés à la monnaie de banque centrale tokenisée de gros. Le lendemain, un webinaire a permis aux équipes de...
19 mars 2026
Amundi fait appel à Spiko pour lancer un fonds de trésorerie tokenisé
L’info. Le gestionnaire d’actifs Amundi (groupe Crédit Agricole) s’associe à la plateforme française d’émission, de gestion et de distribution...
19 mars 2026
Les articles les plus consultés du mois sur mind Fintech
Ce sur quoi les lecteurs cliquent le plus le mois dernier.
Ce sur quoi les lecteurs cliquent le plus le mois dernier.
1
MiCA : plus que 4 mois pour passer de PSAN à CASP
Agrément accordé, dossier en cours d’instruction, procédure de cessation d’activité, opération de consolidation… Alors que la fin de la période transitoire du régime PSAN vers le règlement MiCA se...
25 février 2026
2
PayPal accélère l’internationalisation de son stablecoin PYUSD
L’info. PayPal a annoncé le 18 mars 2026 l’extension de la disponibilité de son stablecoin adossé au dollar (PYUSD) à 70 pays, dont la Colombie, le Panama...
18 mars 2026
3
Investment-as-a-Service : Upvest lève 90 millions de dollars
L’info. La plateforme berlinoise de Brokerage-as-a-Service Upvest a bouclé un tour de table en equity de 90 millions de dollars mené par Sapphire Ventures et Tencent, avec la...
17 mars 2026
4
Mastercard rachète l’infrastructure de paiement crypto BVNK
L’info. Mastercard a fait part le 17 mars de son intention de racheter l’infrastructure de paiement crypto BVNK pour un montant maximal de 1,8 milliard de dollars, dont 300 millions de...
17 mars 2026
5
Après trois ans de déclin, l’investissement dans les fintech repart
L’info. Les fintech séduisent de nouveau, confirme le rapport “Pulse of Fintech” de KPMG portant sur l’année 2025. Les financements en equity reprennent et le...
23 février 2026
6
Denis Barrier (Cathay Innovation) : “Le système de financement en Europe tend à décrocher lorsque les innovations doivent passer à l’échelle”
Fondée à Paris il y a dix ans et désormais présente en Europe, aux États-Unis et en Asie, la société de gestion Cathay Innovation gère plus de 2,5 milliards d’euros d’actifs et a bouclé en mai...
11 mars 2026