Innovation financière : les banques américaines prennent de l’avance sur leurs pairs européens et asiatiques

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Même si le secteur bancaire devrait rester un des mieux positionnés pour dominer l’industrie du futur, celui-ci doit suivre le rythme rapide de la révolution digitale s’il souhaite résister aux disruptions. Les banques américaines mènent la danse, et les banques européennes et asiatiques ont été plus lentes à renforcer leurs moyens informatiques afin de relever les défis de l’ère des fintech, estime Guy de Blonay, gérant du fonds Jupiter Global Financials (renommé Jupiter Financial Innovation Fund à compter du 3 décembre). 
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La technologie est au cœur des changements structurels qui surviennent dans le secteur financier mondial. Les banques ont déjà radicalement changé la manière dont elles fournissent leurs produits et leurs services afin de répondre aux besoins de leurs clients en constante évolution. Toutefois, moins de barrières à l’entrée signifient aussi qu’un flot de nouvelles fintech font leur apparition sur le marché, offrant une large gamme de produits et de services innovants, constituant une menace sérieuse pour le secteur bancaire.

Avec des bases clients bien établies, des licences et des marques installées, les banques traditionnelles devraient être les mieux placées pour dominer le secteur à l’avenir. Néanmoins, en raison de leur structure complexe, elles doivent allouer de nombreux capitaux au développement de systèmes informatiques et à leur maintenance, ce qui limite souvent le budget disponible pour l’innovation. En fait, notamment grâce à leur système informatique plus léger, les fintech peuvent désormais offrir des services jusqu’à 50% moins chers que les banques (1). Face à une concurrence aussi féroce, les banques doivent donc prendre l’initiative sur le développement et la mise en place de nouvelles technologies si elles veulent avoir la moindre chance de défendre ou d’accroître leur part de marché.

Les banques américaines mènent la danse

Alors que les banques consacrent de plus en plus de capitaux aux technologies et à l’innovation, les banques ne consacrent en moyenne que 10% de leurs revenus et 15% de leurs coûts totaux aux technologies informatiques. En outre, seulement 36% des dépenses informatiques totales sont consacrées au front office et aux initiatives qui vont changer la banque, le reste étant consacré aux services administratifs et aux exigences réglementaires ou de conformité (2).

Les dépenses des banques en matière de technologie et leur volonté d’innover diffèrent considérablement d’un pays à l’autre. Selon les recherches de Morgan Stanley, le secteur bancaire américain a généralement été le plus disposé à adopter les nouvelles technologies, les grandes capitalisations américaines en tête. JPMorgan, par exemple, a augmenté son budget technologique de 9,5 milliards de dollars en 2017 à 10,8 milliards de dollars en 2018, et 5 milliards de dollars du budget de cette année seront consacrés aux nouveaux développements technologiques (3). Les banques américaines ont été en partie soutenues par la réglementation américaine, les régulateurs traitant généralement les fintech de la même manière que les institutions financières établies, permettant ainsi aux banques de concurrencer les fintech sur un pied d’égalité et donc potentiellement de tenir le rythme des transformations numériques du secteur.

Au contraire, le secteur bancaire européen semble le plus exposé au risque de disruption (à l’exception des pays nordiques). A cause des années de taux d’intérêt négatifs, les banques européennes ont généralement sous-investi dans les technologies, car les taux bas ont pesé sur leurs marges bénéficiaires. En outre, contrairement aux États-Unis, les régulateurs européens se sont généralement montrés plus accueillants pour les nouvelles technologies financières, ce qui signifie que les banques du continent ont eu du mal à suivre le rythme de l’innovation. Par exemple, la directive européenne PSD2 permet aux clients des banques d’avoir recours à des prestataires tiers pour gérer leurs finances, ouvrant ainsi la porte aux fintech proposant des solutions de services financiers.

Les dépenses informatiques globales des banques asiatiques sont parmi les plus faibles au monde (en pourcentage des revenus et des coûts). Cependant, c’est l’Asie (à l’exception du Japon) qui dépense le plus pour les technologies innovantes en pourcentage des dépenses informatiques totales (c’est-à-dire des technologies informatiques autres que la maintenance). À plus long terme, cet investissement en innovation pourrait avoir un impact significatif : selon la Monetary Authority of Singapore, les banques pourraient réduire leurs coûts jusqu’à 30% si elles tiraient partie des fintech dans des domaines tels que l’automatisation des fonctions bancaires et l’intelligence artificielle, représentant 10 % à 20% du résultat opérationnel des banques asiatiques (4).

Les fintech à l’initiative des changements

Bien qu’elles constituent une menace pour les sociétés de services financiers traditionnelles, les fintech peuvent également faire émerger de nombreuses opportunités de croissance au sein du secteur bancaire. Les banques cherchent de plus en plus à adopter les services des fintech par le biais de partenariats, d’investissements ou de pépinières, 7% seulement préférant développer toutes les solutions technologiques en interne (5). Avec un montant record de 58 milliards de dollars investis dans plus de 875 acquisitions de fintech au cours du premier semestre 2018 (6), les banques savent qu’elles doivent accepter le changement et faire évoluer leurs activités, sinon elles devront faire face à des bouleversements importants générés par de nouveaux entrants.

Investir dans l’innovation

L’innovation dans le secteur financier a offert de nouvelles opportunités aux investisseurs. Celles-ci se répartissent généralement en deux camps : les « adopters » de la technologie comme les banques et les institutions financières établies dans le secteur et les fintech ou « enablers » de l’innovation financière qui fournissent un large éventail de services et des solutions dans l’ensemble des technologies financières. Les services proposés sont larges. De l’analyse de données aux paiements sécurisés et mobiles, les fintech peuvent vendre aux banques selon différents angles et la plupart ont un potentiel de croissance significatif. Si les banques sont disposées à suivre le rythme rapide de l’innovation, ces fintech pourraient être extrêmement bénéfiques pour le secteur bancaire traditionnel.

(1) Morgan Stanley, “A Call to Arms”, Septembre 2018
(2) Morgan Stanley, “A Call to Arms”, Septembre 2018
(3) https://news.efinancialcareers.com/uk-en/312201/j-p-morgan-jobs-cib
(4) http://www.mas.gov.sg/~/media/resource/publications/fsr/FSR%202017.pdf
(5) Morgan Stanley, “A Call to Arms”, Septembre 2018
(6) https://assets.kpmg.com/content/dam/kpmg/xx/pdf/2018/07/h1-2018-pulse-of-fintech.pdf

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