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Yassine Regragui
Responsable de la stratégie produit et du marketing pour les PME Worldline depuis septembre 2021
Après avoir lancé sa plateforme d’e-commerce TaoBao, puis équipé les consommateurs et les commerçants du système de paiement Alipay (lire notre dossier Comment les BATX ont pris d’assaut les services financiers en Chine), Alibaba a dû résoudre un dernier problème pour rendre la transaction parfaitement fluide : la garantie des frais de retour. Sur TaoBao, le coût du renvoi d’un produit, historiquement à la charge du vendeur, est élevé. Et si la satisfaction n’est pas au rendez-vous, le cumul des frais pèse vite sur la rentabilité du marchand. Alibaba décide donc de s’associer à son grand concurrent numérique Tencent et à Ping An, un jeune assureur chinois (fondé en 1988) appétent aux nouvelles technologies. À eux trois, ils fondent la première assurance numérique de Chine, Zhong An, en 2013. Et le premier service offert constitue la pierre manquante à l’édifice d’une expérience d’e-commerce sans couture : Zhonglebao, une assurance sur les frais de retour.
Le service s’inscrit parfaitement dans le coeur d’activité d’Alibaba, l’e-commerce. Mais il est aussi un moyen redoutable, pour le géant technologique, de mettre un pied dans le monde de l’assurance. “Le secteur est encore assez récent en Chine, explique Elsa Hu, directrice exécutive de GP Bullhound à Hong Kong. Théoriquement, si vous êtes un commerçant ou un client peu actif, vous n’en prendrez pas si vous n’avez pas les économies qui vous permettent de le faire.” Sauf qu’avec Zhonglebao,“soudainement, si vous souscriviez à une assurance à très bas prix, Alibaba couvrait le retour des colis refusés. Comme le service répondait à un vrai besoin, il a tout de suite assez bien fonctionné.” Zhong An a conçu une assurance précise et efficace, à laquelle il est très simple de souscrire via un ordinateur ou un smartphone, le tout pour un montant allant de 0,15 à 9,9 yuans (de 0,02 à 1,25 euros). Cela lui a permis de rapidement afficher des ventes impressionnantes, comme celle de 600 millions de polices de couverture des frais de retour le 11 novembre 2016, jour de la fête des célibataires en Chine.
Depuis la création de cette joint-venture, mind Fintech a dénombré une vingtaine d’initiatives de Baidu, Alibaba / Ant Financial, Tencent et Xiaomi dans le secteur de l’assurance (voir le graphique et notre base de données recensant les initiatives des BATX dans la fintech), sans compter certaines fonctionnalités spécifiquement lancées sur Alipay et WeChat.

Ces acteurs ont ainsi participé à l’extension d’un secteur en pleine croissance : le nombre de polices vendues en Chine entre 2012 et 2016 a été multiplié par 18, selon l’Association chinoise de l’assurance. Mais, surtout, les BATX l’ont fait via leur terrain d’expertise, internet et les nouvelles technologies. Ils ont ainsi participé à porter le revenu total des polices d’assurance vendues sur internet à 12,29 milliards de yuans (1,55 milliards d’euros) en 2018, le double de l’année précédente.
