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Lionel Jouve
Directeur monétique Carrefour Banque depuis juin 2021
En tant que directeur monétique et moyens de paiement d’un groupe mondial comme Carrefour, à quels enjeux êtes-vous confronté ?
Je citerais cinq points majeurs. En tête de mes préoccupations vient la sécurisation des transactions. On a tendance à l’oublier, mais c’est capital. La carte bancaire est le moyen de paiement le plus utilisé dans nos points de vente et sur nos sites e-commerce. Les fraudes restent notables, non par leur montant mais par leur fréquence. Deuxième enjeu, incontournable dans un monde où l’instantanéité s’est imposée partout : faire en sorte que les moyens de paiement concourent à la fluidité du parcours client. Nous réfléchissons constamment à faire gagner du temps à nos clients : caisses réservées aux cartes bancaires, aux porteurs de carte Pass, notre carte de fidélité. Ce qui m’amène d’ailleurs au troisième point : la fidélité. Les consommateurs ne veulent pas seulement aller vite, ils veulent être reconnus. Notre intérêt est aussi de mieux les connaître. Entamé il y a 20 ans, ce rapprochement entre monétique et marketing s’est accéléré, comme le montre les exemples de WeChat Pay et Alipay en Chine.
Un autre impératif s’est imposé avec le confinement et plus encore avec l’inflation : le paiement fractionné. C’est au fond une mise au goût du jour d’une ancienne pratique. Celle qui consistait à échelonner l’encaissement des chèques à certaines dates. Mais dans le contexte des hausses de prix actuels (+4,8 % en France en avril 2022, sur un an, selon l’INSEE, soit la plus forte hausse depuis 1985, Ndlr), les consommateurs plébiscitent cette formule de micro-crédit qui leur permet d’étaler leur dépense. Cette évolution vers le Buy Now Pay Later (BNPL) est à mes yeux une tendance lourde.
Et la multiplication des moyens de paiement ?
C’est un défi majeur, le cinquième à mes yeux. Nous devons nous adapter à l’évolution, rapide, des moyens de paiement mais avec pragmatisme et prudence.