Pourquoi les banques dédiées aux pros se multiplient

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Alors que le nombre d’entreprises créées a atteint sa plus forte hausse récemment, avec 591 000 sociétés créées en 2017 en France (7% de plus qu'en 2016), le marché auquel se destine ces "offres pros" est dynamique et attise les convoitises. Analyse de Bertrand Jeannet, associé chez CANTON Consulting.
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A l’origine, le constat est souvent le même : ces nouveaux acteurs dédiés aux pros viennent répondre à un besoin auquel les banques traditionnelles ne répondent que partiellement. Entre le manque de disponibilités des conseillers, les frais inexpliqués, des interfaces clients compliqués et une qualité de service globalement décevante, de plus en plus de professionnels se tournent vers de nouvelles offres dédiées dont les promesses sont séduisantes !

Les offres des banques traditionnelles ne sont pas prévues pour les petites structures et n’offrent pas d’outils efficaces de suivi des finances, de gestion des notes de frais ou encore de rapprochements facture-paiement. Alors qu’il est de plus en plus compliqué d’obtenir des financements de la part des banques
traditionnelles (notamment lorsqu’il s’agit du financement du besoin en fonds de roulement), les pros n’ont plus de raison évidente de rester dans leur banque historique !

Les demandes de garanties ou de cautions personnelles sont trop élevées, les délais de réponse trop longs et les lourdeurs administratives trop importantes. Résultat : les pros ont de plus en plus recours à des solutions alternatives pour se financer (ex : plateformes de financement participatif) et vont en parallèle se diriger naturellement vers ces banques dédiées aux pros qui promettent une vraie simplification de la gestion financière au quotidien.

De nombreux acteurs français se lancent …

Récemment, de nombreux acteurs se sont positionnés sur ce marché en proposant des offres 100% digitales dont le but principal est de simplifier la vie des PME, TPE et des indépendants. De nombreux acteurs ont émergé en France (Qonto, Shine, Manager.one, Monaize, Anytime, ibanFirst, …) offrant des services classiques (compte courant et carte) agrémentés de services à grande valeur ajoutée (gestion des notes de frais, automatisation des factures et contrats, rapprochements factures-paiement, comptabilité simplifiée, assistant personnel pour les échéances administratives, e-signature …).

Ces offres trouvent preneurs auprès des « déçus des banques traditionnelles » mais aussi auprès des entrepreneurs qui veulent se consacrer au développement de leur société sans être parasités par les sujets comptables et administratifs.

… et sont concurrencés par des fintechs à succès …

Conscients des enjeux importants de ce marché (1) , des fintechs à succès se positionnent également sur ce segment. C’est notamment le cas de Revolut qui, après avoir conquis les nomades et voyageurs effrénés, s’adresse aux entreprises avec des services particulièrement en lien avec les transactions internationales. Revolut souhaite également intégrer cette « offre pros » aux logiciels de comptabilité (Sage, Xero, …) pour faciliter davantage la gestion des comptes et des dépenses professionnels.

Autre fintech à succès, N26 a lancé le compte N26 Business, conçu spécialement pour les auto-entrepreneurs. Ce compte a été lancé en mars 2017 et a reçu un réel succès auprès de ces derniers et des freelances. Sans frais, cette offre permet de détenir une CB MasterCard et de bénéficier d’un cashback de 0.10% sur tous vos achats.

…mais aussi par les banques traditionnelles qui se réveillent

Face à ces nouveaux acteurs, les banques traditionnelles tentent de réagir, soit en rachetant ces acteurs innovants (comme la néo-banque finlandaise Holvi rachetée par BBVA en 2016 et qui oriente sa stratégie vers les TPE), soit en réinventant leur offre destinée aux pros. De grandes banques françaises comme la Société Générale ou le Crédit Agricole ont développé des applications offrant aux pros un suivi temps réel de leurs flux financiers.

HSBC est allé plus loin avec son centre d’affaires « phygital » Live combinant la rapidité du digital à l’expertise d’une banque. Cette offre est complétée par plusieurs services à haute valeur ajoutée comme la prise de rendez-vous par accès direct à l’agenda du chargé de clientèle, les visioconférences avec son chargé d’affaires ou encore la demande de crédit en ligne.

D’autres établissements bancaires s’associent à des start-up pour proposer de nouveaux services à leur clientèle pro. C’est notamment le cas d’ING qui s’est allié à la fintech Budget Insight pour proposer, via un processus de souscription en ligne, une offre de prêt aux PME en 10 minutes et un versement des fonds (en cas d’accord) en 48 heures. Dans la même dynamique, LCL a noué un partenariat avec Fizen qui lui permet d’offrir à ses clients entrepreneurs une plateforme de suivi complet et en temps réel de leur activité et de leur comptabilité.

Ainsi, les solutions et chemins proposés sont multiples, ce qui promet une rude concurrence. Qui « remportera » ce bras de fer entre les nouveaux arrivants spécialisés, les acteurs traditionnels, et les fintechs confirmées ? Y aura-t-il une place pour tout le monde ? Il y a fort à parier que les banques traditionnelles auront du mal à reprendre leur place historique sur ce marché à fort enjeu.

(1) Selon le cabinet SIA Partners, les professionnels (indépendants, TPE, et auto-entrepreneurs), avec 4,7% de croissance annuelle des encours de crédit, constituent pour les banques une source non négligeable de PNB.

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