Dessintey : la thérapie miroir digitalisée au service de la rééducation post-AVC

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La medtech Dessintey, qui conçoit, fabrique et commercialise des dispositifs de rééducation intensive pour accélérer le retour à l'autonomie des patients, est aujourd’hui sur le point de lancer deux nouveaux dispositifs. Présente dans une trentaine de pays, la start-up a su, en à peine plus de cinq ans, démocratiser la “thérapie miroir” à l’usage principalement des patients victimes d’AVC. Focus sur une success story made in Saint-Etienne.
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La genèse

Les 3 cofondateurs de Dessintey (de gauche à droite : Davy Luneau, le Pr Pascal Giraux et Nicolas Fournier) ©️Johann Trompat

La société Dessintey est née du monde de la recherche académique. Il faut remonter au début des années 2000 pour en connaître les origines. L’un des trois cofondateurs, le Pr Pascal Giraux, chef du service de médecine physique et de réadaptation du CHU de St Etienne, s’intéresse à l’époque au processus de récupération de la motricité de la main grâce à la plasticité cérébrale, cette capacité du cerveau à reconstruire des connexions neuronales pour récupérer après une lésion de type AVC. La “thérapie miroir” lui apparaît alors comme un axe de travail particulièrement prometteur. Il est rapidement rejoint par Davy Luneau, qui vient apporter son expérience du monde de la recherche et de l’industrie. C’est en 2016 que Nicolas Fournier, l’actuel président de Dessintey, intègre l’équipe. Ingénieur de formation (il est diplômé de l’Isep, une école spécialisée dans le numérique), il a également travaillé dans l’industrie (chez Renault) et rejoint le projet “avec l’envie d’insuffler une dynamique entrepreneuriale. Je savais qu’il y avait moyen de faire de ces idées et concepts une belle entreprise”, confie-t-il.

En 2017, la société Dessintey est créée. Son nom est une référence à l’ADN de la société stéphanoise. Saint-Etienne, capitale du design, a en effet marqué l’approche de ses cofondateurs, qui ont, dès les débuts, accordé une importance particulière à l’expérience utilisateurs. Nous avons fait, avant de nous lancer commercialement, beaucoup d’expérimentations auprès d’établissements et de thérapeutes pour collecter et comprendre les problématiques de nos clients. Nous étions connus comme l’équipe “de Sainté” qui travaillait sur la thérapie miroir. C’est ce qui nous a poussé à reprendre ce nom, explique Nicolas Fournier. En 2018, Dessintey lance son premier produit : le dispositif IVS3. En 2019, la société fait une levée de fonds d’un million d’euros (menée auprès de Crédit Agricole Loire Haute-Loire) avant de se lancer, l’année suivante, à l’international.

Le dispositif IVS3 ©️Maxime Portafaix

À noter également que, dans le cadre du concours I-Nov, la société a reçu une subvention de près d’ 1,4 million d’euros pour la réalisation de son projet Activity LAB. Ce dernier consiste à concevoir de futurs équipements permettant de réduire le temps d’inactivité des patients. C’est l’un des axes de développement forts de la société qui teste encore actuellement plusieurs dispositifs d’assistance robotisée et des simulateurs, qui, par leur dimension ludique, doivent pousser le patient à passer plus de temps à effectuer ses exercices de rééducation.

Le marché

Les dispositifs Dessintey sont commercialisés auprès de centres de rééducation (rattachés à des hôpitaux ou cliniques). Près de 200 centres en France sont aujourd’hui équipés. La plupart de ces établissements font l’acquisition du matériel (compter entre 45 000 et 60 000 euros selon le dispositif), “quelques établissements seulement font de la location, mais c’est un modèle qui sera amené à se développer de plus en plus”, précise Nicolas Fournier, qui rappelle que “au delà de la vente de matériel, Dessintey accompagne les clients pour s’assurer que le matériel est utilisé. Nous avons également des thérapeutes dans nos équipes qui expliquent comment nos dispositifs fonctionnent. Cela se fait à distance ou directement dans les centres. Ce lien nous a permis de créer un capital confiance avec les clients. C’est ce qui explique que nos nouvelles solutions trouvent relativement vite leur marché”, fait remarquer le président de la medtech, ajoutant que “les patients ciblés ont des pathologies neurologiques ou de l’appareil locomoteur. Ce sont typiquement des accidents vasculaires cérébraux (AVC), des traumatismes crâniens, des patients polytraumatisés suite à un accident”. Rappelons qu’en France, environ 140 000 personnes sont atteintes d’AVC chaque année, qui reste la première cause de handicap acquis (source : ARS Ile-de-France).

Les dispositifs de Dessintey sont aujourd’hui, grâce à un réseau de distributeurs partenaires, présents dans une trentaine de pays, principalement en Asie. “Notre société veut aussi mettre un coup d’accélérateur sur le marché allemand, où l’on a une filiale depuis 2021”, confie Julie Perrin, responsable communication et marketing de Dessintey. À noter que la medtech proposera d’ici la fin de l’année quatre produits en propre dans son catalogue, tous fabriqués à Saint-Etienne. 

La technologie

La thérapie miroir n’est pas à proprement parler une nouveauté. Son invention est attribuée au Dr Vilayanur Ramachandran qui l’expérimente en 1995 auprès de patients souffrant de douleurs du membre fantôme (la douleur persiste alors même que le membre n’existe plus). Elle consiste à placer un miroir entre les bras du patient de façon à refléter l’image du membre sain et en mouvement, à la place du membre lésé. L’objectif est de donner au cerveau l’illusion que le membre est toujours présent. Étendue aux problèmes locomoteurs, la technique consiste à faire croire au cerveau que c’est le membre pathologique qui bouge. La vision, études scientifiques à l’appui, joue en effet un rôle essentiel dans les premières phases de reconstruction de l’image corporelle et du contrôle moteur. Cependant, la démocratisation de la thérapie miroir se heurtait ces dernières années à une mise en pratique (l’usage d’un simple miroir) artisanale et peu ergonomique. La bonne idée de Dessintey, qui ne fait face pour l’heure à aucune solution concurrente à l’échelle internationale, a été de permettre d’appliquer cette technique sans miroir, et de la perfectionner grâce à l’usage d’algorithmes.

Deux nouveaux dispositifs au catalogue

L’année 2024 est charnière pour Dessintey, qui lance simultanément deux nouveaux dispositifs. La société à tout d’abord développé un système de “stimulation induite implicite” dédié à la rééducation du membre supérieur. À l’inverse de l’approche de la contrainte induite (immobilisation totale du membre sain pour forcer l’utilisation du membre pathologique par le patient), l’approche consiste à récompenser le patient pour l’utilisation de son bras déficient. “L’approche n’est pas du tout la même psychologiquement pour le patient et beaucoup plus facile à mettre en œuvre”, explique Julie Perrin. Concrètement, le dispositif va reconnaître, à partir d’objets connectés, lorsque le patient utilise son bras pathologique et le récompenser, en lui permettant  – à la manière d’un jeu vidéo – de franchir des niveaux pour aller plus loin dans l’activité. 

L’espace d’auto-rééducation guidée ©️Cedric Daya – 126 Media

Autre nouveauté 2024 : l“espace d’auto rééducation guidée” (SRT 5) qui vient tout juste d’obtenir le marquage CE. Ce dispositif doit permettre aux patients de plus s’impliquer dans le processus de rééducation. “Depuis que l’on accompagne nos clients, nous observons une inadéquation entre la transition démographique, avec de plus en plus de personnes âgées et victimes d’AVC, et des moyens humains, en termes de personnel, qui restent limités. Pour combler ce gap, nous avons donc imaginé ce concept d’auto rééducation guidée. L’idée a été de créer un espace avec des technologies de rééducation, dans lequel les patients vont pouvoir se rendre soit en autonomie, soit en supervision, soit accompagnés de leurs aidants et de leur famille pour travailler. Ce travail, effectué en complément de la rééducation conventionnelle qui est faite avec un kiné ou un ergothérapeute, permet d’éviter les phases d’inactivité prolongées. Un patient fait en moyenne 1h à 1h30 de rééducation par jour, et uniquement en semaine. L’idée est de compléter ce temps de rééducation pour potentialiser le travail effectué avec des professionnels”, explique Nicolas Fournier, qui rappelle que “l’objectif final est d’accélérer le retour à l’autonomie du patient pour lui permettre de retourner chez lui avec un maximum de capacités fonctionnelles et cognitives”.

Dessintey en chiffres : 

Date de création : 2017

Nombre de salariés : 25

Actionnaires : les 3 cofondateurs de la société sont les actionnaires majoritaires, trois fonds minoritaires – dont Turenne Santé – complètent l’actionnariat. 

Nombre de clients : 200 centres environs (cliniques et hôpitaux)

Présence à l’international : 30 pays, principalement en Asie

CA prévisionnel pour 2024 : 6 M€

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