Après le fort recul de l’année 2023, les levées de fonds des start-up françaises de la e-santé ont renoué avec la croissance en 2024. mind Health a recensé 54 opérations, soit 9 de plus qu’en 2023, pour un montant total de 654,3 millions d’euros, soit plus de deux fois plus que l’année précédente. Cela ne leur permet toutefois pas de renouer avec les niveaux de 2021 et 2022. La levée exceptionnelle d’Alan, d’un montant de 173 millions d’euros, compte pour 30 % du total.
En 2024, la dynamique du secteur de la e-santé a été caractérisée par la prudence et une forme de maturité des entrepreneurs, indique tout d’abord Chahra Louafi, directrice du fonds Patient Autonome de Bpifrance. « Des résultats réglementaires étaient attendus, sur des sujets de type PECAN (prise en charge anticipée numérique), et deux autorisations ont été octroyées, en juillet 2024 à Continuum Plus puis en novembre 2024 à Axomove Therapy. D’autres approbations devraient suivre, signant l’ouverture du marché ». En matière d’accès à la télésurveillance par le droit commun, le chemin réglementaire a quant à lui déjà été défriché. Sur tous ces aspects, l’heure est donc aujourd’hui à la fixation de modèles économiques pérennes. Un autre sujet émerge en parallèle fortement, sur un volet non réglementé de la santé cette fois : l’intelligence artificielle générative (Gen AI), grâce à laquelle de véritables sauts technologiques sont attendus. « Il y a un fort besoin de productivité et, dans le même temps, de grandes avancées technologiques et une maturité des process de la HAS. Les investisseurs attendent la concrétisation de certains résultats avant de prendre des décisions. Nous sommes sur un point de transformation », ajoute Chahra Louafi.
Les dossiers de sociétés souhaitant lever des fonds continuent d’affluer, constate de son côté Marion Eymar, responsable du pôle e-santé à la Banque des Territoires. Toutefois, « les dossiers doivent être de plus en plus qualifiés et les sociétés qui réalisent de belles levées de fonds sont plus matures, plus proches de la rentabilité. Par ailleurs, il y avait beaucoup de liquidités sur le marché en 2021-2022, avec des valorisations qui avaient tendance à s’envoler. En 2023-2024, les niveaux de ces dernières sont devenus plus raisonnables ainsi que les montants levés ».