Le paysage médiatique est en plein bouleversement et cela affecte davantage encore les acteurs plus fragiles comme L’Humanité. Comment se positionner et se démarquer dans ce contexte ?
L’Humanité a une raison d’être évidente, avec une ligne éditoriale spécifique et un rôle important dans l’optique du pluralisme de la presse, à côté de médias de gauche ou d’investigation qui critiquent aussi certaines dérives de la société : il y a besoin d’un journal de philosophie communiste, qui traite l’actualité du point de vue des travailleurs. Le journal couvre les conflits sociaux, y compris ceux qui sont peu médiatisés, et traite l’ensemble de l’actualité, mais avec un angle plus partisan, selon ce qu’on imagine être la défense des intérêts des classes populaires. C’est la vocation du journal depuis sa création. Cette offre d’informations et d’éclairage est complémentaire des autres titres. En revanche, pour être pleinement utile, il a fallu travailler sur la qualité de l’information qui est donnée. Dans un univers médiatique mouvant, où l’offre d’information est bien plus forte, et avec l’arrivée d’internet et le développement des fake news, il faut mieux se démarquer : par un travail encore plus rigoureux sur la qualité, la vérification et la complémentarité d’information, par un travail d’écriture et sur les angles des sujets. Nous voulons être plus exigeant. C’est notre ambition afin de passer un cap.
Anthony Daguet
2021 Secrétaire général et co-directeur de publication, L’Humanité
2017 Président, OPH Aubervilliers
2012 Directeur technique événementiel, SNJH
Le lectorat de L’Humanité est vieillissant et les usages médias sont multiples. Comment y faire face ?
Le constat est juste et c’est d’ailleurs le deuxième élément de notre projet avec la volonté de développer davantage les diversifications de nos supports et de nos offres. Nous avons un socle de lecteurs extrêmement fidèles, qui s’abonnent facilement aux contenus qu’on leur propose : papier, magazine, hors-séries, offre intégrale papier-numérique. Mais ce public vieillit, comme une étude interne réalisée en 2019/2020 l’a montré, avec une moyenne d’âge autour de 70 ans. Il y a donc un besoin fort de renouvellement. Deuxième constat : plus on est jeune, moins on lit le journal papier et moins on connaît l’Humanité. Autrement dit, le titre, la marque L’Humanité est en train de disparaître avec le vieillissement générationnel. Nous voulons donc accélérer sur le numérique, qui nous permettra de nous réinscrire dans les pratiques des jeunes générations, en plus de répondre à leur demande écologique pour diminuer l’usage du papier (L’Humanité avait une diffusion totale France payée de 36 000 exemplaires en moyenne en 2023, en légère baisse de 2,9 %, selon l’ACPM, ndlr).
“La marque L’Humanité est en train de disparaître avec le vieillissement générationnel. Nous voulons donc accélérer sur le numérique”
En quoi consiste votre plan de développement numérique ?
Nous avons amorcé un travail de réflexion à l’automne 2020 et engagé un plan de transformation complet, impulsé notamment par notre directeur du numérique, Frédéric Gargaud, et nos deux co-directeurs de la rédaction, Maud Vergnol et Sébastien Crépel, en nous faisant accompagner par l’agence Cosa Vostra.