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Les néocourtiers européens lancés durant la dernière décennie ont bénéficié des marchés haussiers post-Covid, du financement en equity lorsqu’il était au plus haut sur le segment fintech – avec la levée de fonds record de 750 millions de dollars de l’Allemand Trade Republic en 2021 – et d’un environnement de taux bas qui poussait les épargnants vers des produits d’investissements risqués. Depuis deux ans toutefois, ces plateformes se réinventent pour fidéliser leurs clients et construire un modèle économique robuste capable d’affronter l’inflation, les marchés baissiers (en 2022), la remontée des taux et la hausse des rendements sur les produits d’épargne peu risqués.
Les premières étapes ont consisté à démocratiser l’investissement grâce à la suppression des commissions au prorata des montants investis, puis à ajouter des fonctionnalités d’achat d’actions fractionnées et des plans d’investissement programmés. Pour tenter de maintenir leurs volumes de transactions, la plupart des plateformes ont aussi intégré des cryptoactifs et/ou indices crypto à leur offre. Mais l’effondrement de FTX fin 2022 outre-Atlantique a violemment secoué cette classe d’actifs, obligeant des acteurs comme Trade Republic, Bitpanda, Bux, ou encore Scalable Capital à revoir leur feuille de route une nouvelle fois. En 2023, ils se sont donc tournés vers la rémunération des dépôts.
Rémunération des dépôts
La remontée des taux directeurs entamée par la Banque centrale européenne (BCE) à partir de juillet 2022 a en effet donné des idées aux néocourtiers européens. Début 2023, tour à tour, chacun a déployé un service de rémunération des dépôts. “Nous transférons l’intégralité des taux directeurs sous forme d’intérêts sur les dépôts non investis de nos utilisateurs, soit 4 %. Ce service est complémentaire aux plans d’investissement programmés puisqu’il y a un délai entre le versement des investisseurs et l’exécution et que les intérêts sont calculés quotidiennement. Jusqu’à 50 000 euros de liquidités peuvent être rémunérées”, précise Vincent Grard, nouveau responsable France de Trade Republic, qui a succédé fin 2023 à Matthias Baccino, désormais directeur des marchés européens du néocourtier.
Les intérêts versés, ainsi que les plafonds, diffèrent d’une application à l’autre (voir notre tableau récapitulatif). Le Néerlandais Bux ne monte que jusqu’à 2,75 % par exemple, mais autorise les versements jusqu’à 60 000 euros. Quant à l’Autrichien Bitpanda, la plateforme mise sur des taux d’intérêt croissants en fonction de l’engagement de l’investisseur. “Notre nouveau service Cash Plus permet de percevoir un rendement sur l’argent non investi. Le taux d’intérêt diffère, allant de 3,1 % à 3,49 %, selon le niveau de fidélité de nos clients, calculé en fonction du nombre de BEST, notre token, détenus”, explique Thomas Romain, directeur commercial pour la France depuis septembre 2023.
Ce service d’épargne est ainsi devenu un “must have” pour les applications de trading. Preuve en est, le nouvel entrant Shares – qui a attaqué l’Hexagone à partir de novembre 2023 – devrait ajouter la fonctionnalité dans les prochains mois. “La rémunération des dépôts, que ce soit sous forme de fonds monétaires ou d’intérêts sur le cash, est à l’ordre du jour”, assure son cofondateur et président Benjamin Chemla. Ces produits sont aussi un levier d’acquisition. “Certains clients n’utilisent que le service de rémunération des dépôts”, avoue Vincent Grad de Trade Republic.
Pour Scalable Capital, cet objectif d’acquisition est orienté vers l’abonnement premium (5 euros) puisque les clients des offres gratuite et plus bas de gamme (3 euros) n’y ont pas accès. “Les nouveaux clients de Prime+ bénéficient d’un taux d’intérêt de 4 % durant quatre mois jusqu’à un million d’euros, puis 2,6 % après, jusqu’à 100 000 euros”, déclare Marc Braun, country manager France et Pays-Bas de la plateforme allemande. Enfin, le service de rémunération des dépôts peut constituer une stratégie de différenciation par rapport à des concurrents indirects. “Généralement, les utilisateurs viennent sur Bitpanda pour investir. Mais Cash Plus permet de nous distinguer par rapport à Binance ou Kraken”, évalue Thomas Romain.
Seule ombre au tableau, la particularité du marché français en termes de produits d’épargne, qui a une incidence sur l’attractivité de ce genre de dispositif. En effet, “en France, ce service amène peu de nouveaux clients car le Livret A [et le LDDS, Ndlr] existe[nt], sans parler du LEP”, constate Marc Braun. Selon la Banque de France, fin 2022, “55,1 millions [de livrets A étaient, Ndlr] détenus par des personnes physiques”, dont près de 10 % avaient atteint le plafond.