TEST 15 JOURS

Les dirigeants des groupes télévisuels français présentent leur vision du marché et leur stratégie

Nicolas de Tavernost (M6), Rodolphe Belmer (TF1), Maxime Saada (Canal+), Stéphane Sitbon Gomez (France Télévisions) et Arthur Dreyfuss (BFMTV) se sont exprimés en avril dans le cadre d'une discussion organisée par le SNPTV et animée par mind Media.

Par Jean-Michel De Marchi. Publié le 11 mai 2023 à 13h31 - Mis à jour le 11 mai 2023 à 13h31

Pour la première fois depuis plusieurs années, les représentants des cinq plus grands groupes audiovisuels français étaient réunis vendredi 7 avril à l’occasion d’une table ronde pour parler de l’avenir de la télévision et des grandes orientations stratégiques portées pour leur groupe : Nicolas de Tavernost (PDG de M6), Rodolphe Belmer (PDG de TF1), Maxime Saada (PDG de Canal+), Stéphane Sitbon Gomez (directeur des antennes et des programmes de France Télévisions) et Arthur Dreyfuss (PDG d’Altice France et BFMTV). Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, en déplacement à Kiev, a été excusée et remplacée par Stéphane Sitbon Gomez. C’était également l’une des toutes premières prises de parole de Rodolphe Belmer, PDG du groupe TF1 depuis quelques mois.

La table ronde était organisée dans le cadre d’une matinée de discussions dédiées au secteur audiovisuel organisée par le SNPTV, le Syndicat national de la publicité télévisée. La préparation des échanges et l’animation de cette table associant les dirigeants des grands groupes audiovisuel ont été réalisées par mind Media.

Liquidation de la plateforme Salto et échec de la fusion TF1-M6, nouvelles alliances et consolidation du marché, rôle de la télévision comme facteur de lien social et de proximité avec les Français, capacité ou non à fidéliser les jeunes audiences, cadre réglementaire jugé asymétrique avec celui des plateformes, stratégie pour la création et les programmes, stratégie de monétisation, axes de développement à trois et cinq ans… Les dirigeants des groupes TF1, M6, Canal+, BFMTV et France Télévisions ont présenté leur regard sur le secteur audiovisuel.

Les points à retenir 

Tous les groupes TV, en particulier les groupes privés, pointent ce qu’ils estiment être des asymétries réglementaires avec les plateformes vidéo et réclament un ajustement du cadre légal et réglementaire, français et européen. 

Pour cibler et fidéliser les jeunes audiences, les groupes télévisuels vont proposer des programmes linéaires spécifiques et développer leurs offres en ligne. 

Stéphane Sitbon-Gomez (France Télévisions) souligne le manque de légitimité aujourd’hui du volume d’audience comme critère de succès d’un programme TV et met plutôt en avant les critères d’attention et d’impact générés, direct ou indirect sur le public visé. 

Canal+ et M6 se montrent ouverts à des opérations de croissance externe. Le groupe de Maxime Saada travaille sur une acquisition en Asie. 

Rodolphe Belmer veut positionner le groupe TF1 autour d’une offre linéaire et d’une offre de streaming très importante. Avec l’ambition de proposer “l’offre de streaming gratuite de référence pour les Français”, financée par la publicité.

COMMENT RECRÉER DU LIEN

mind Media : On assiste, année après année, à la fois à une réelle défiance des Français dans les médias – et c’est le cas dans beaucoup de pays – et à la montée des fake news. Cette défiance touche aussi la télévision. Comment recréer du lien et de la confiance avec les Français sur des aspects parfois diffus et irrationnels ? En quoi la télévision a-t-elle un rôle à jouer ici dans l’information véhiculée et ses programmes, en particulier votre groupe ?

Nicolas de Tavernost (M6) : Je dois rappeler ici que la télévision a un indice de confiance qui est très fort et que le problème que vous évoquez se pose plus pour les réseaux sociaux que pour nous, chaînes de télévision. La radio est également un média qui jouit d’un indice de confiance très important. Evidemment, il faut entretenir cela. Cela veut dire notamment que nous devons proposer une information de qualité. 

C’est ce que nous essayons de faire. Cela nécessite des moyens pour les grandes chaînes généralistes. A M6, nous comptons 356 journalistes permanents dans le groupe et nous avons fait le choix, à côté de l’information News, d’avoir une politique de magazines affirmée depuis l’origine et très ambitieuse. Et nous souhaitons poursuivre sur cette voie. Nous avons pris des engagements qui vont dans ce sens parce que nous pensons que c’est l’une de nos missions, à savoir rassembler, encourager cet instant grégaire de la population autour de nos grandes chaînes de télévision. 

Et évidemment, il faut s’adapter avec l’écosystème actuel de nos compétiteurs que sont les plateformes. Des adaptations sont nécessaires. En dehors des documentaires, c’est l’endroit que les grandes plateformes n’ont pas encore investi. Gagner la bataille de l’information et la bataille de la qualité de l’information est un enjeu très important pour nous. Pour gagner cette bataille, il faut que nos organisations disposent de moyens. C’est la raison pour laquelle on travaille.

mind Media : Arthur Dreyfuss, Altice Media se développe de plus en plus dans les régions. Comment recréer du lien avec les Français ? Qu’est-ce que cela recouvre des médias “populaires et de proximité” ? 

Arthur Dreyfuss (BFMTV) : “Comme vient de le dire Nicolas de Tavernost, l’enjeu, c’est la qualité de l’information. Et pour cela, nous avons, au sein de notre groupe, 800 journalistes dans le monde. Nous avons fait le pari de ce lien de la proximité à l’heure des grandes plateformes, à l’heure de l’internationalisation de l’information, de l’internationalisation de l’image. Le pari que nous faisons est de montrer ce qu’il se passe au coin de sa rue, en bas de chez soi, que ce soit avec RMC et les milliers d’appels d’auditeurs que la radio reçoit chaque jour, avec BFMTV ou nos chaînes locales. On en compte aujourd’hui une dizaine, ce qui représente 200 journalistes en province, dans les territoires. 

Pour recréer du lien, nous avons l’obligation de faire plus que jamais notre métier. Et notre métier, c’est celui de journaliste : aller chercher l’information, la vérifier et la transmettre aux téléspectateurs. Sur la confiance ? On demande beaucoup aux médias de réussir là où souvent toutes (les institutions) ont échoué : l’Autorité publique a échoué, l’Autorité politique a échoué parfois, l’école aussi et les services publics en général. Et nous avons une obligation parce que nous sommes présents dans le quotidien des Français, dans la poche, presque, de tous les Français, mais aussi dans leur salon. Nous nous devons d’être encore plus irréprochables. C’est pourquoi un grand esprit de responsabilité anime l’ensemble des groupes présents aujourd’hui.

 “La télévision reste le média unique de fédération de tous les Français”

Rodolphe Belmer,…

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