Vous avez quitté la Voix du Nord pour être nommé à la direction du groupe La Provence par Rodolphe Saadé fin 2022. Pourquoi avoir rejoint ce projet ?
C’est une nouvelle page qui s’ouvre pour La Provence et Corse-Matin après des années difficiles. Nous amorçons un nouveau départ avec un actionnaire (Rodolphe Saadé, propriétaire du groupe CGA-CGM, ndlr) qui est nouveau dans les médias et qui a des moyens et de l’ambition. Personnellement, c’est un beau challenge que de mettre tout en œuvre pour réussir ce défi. Si on prend La Provence plus particulièrement, c’est une très belle marque – comme beaucoup de marques de PQR d’ailleurs. C’est une marque à fort potentiel parce qu’elle s’apparente à la région : la Provence véhicule énormément de valeurs. C’est une marque média plutôt récente – la plus récente de PQR – puisqu’elle date de 1997, mais elle a tout de suite suscité de l’adhésion. La région provençale et la ville de Marseille, qui sont très particulières en France, méritent un média régional à leur niveau. Et aujourd’hui ce n’est pas forcément le cas, pour tout un tas de raisons qui tiennent à un passé un peu compliqué. Dit autrement, il y a un vrai challenge managérial à relancer une dynamique dans une entreprise qui à des atouts pour innover.
Gabriel d’Harcourt
2022 Directeur général, Groupe La Provence-Corse Matin
2015 Directeur général délégué et directeur de la publication, La Voix du Nord
2011 Directeur général, Le Courrier picard
Quelle est la feuille de route qui vous a été donnée par Rodolphe Saadé et l’enveloppe d’investissement accordée pour mener à bien vos projets ?
Le projet est de remettre à flot l’entreprise, de lui redonner une dynamique, puis de faire à moyen terme de ce média le fleuron de la PQR qu’il devrait être. Je ne donnerai pas de montant pour l’enveloppe totale, mais il y a déjà pas mal d’argent qui a été réinjecté pour rétablir l’entreprise (une trentaine de millions d’euros injectés au minimum, ndlr). La société perd beaucoup d’argent. En 2022, c’était encore le cas. Il faut s’assurer que les salaires soient payés ; l’entreprise sera accompagnée au mois le mois. Et en parallèle, nous devons nous projeter assez vite vers une situation qui nous permettra de devenir ce média rayonnant que j’évoquais. Ce qui implique des investissements.
Quels constats faites-vous après six mois passés à la direction du titre ?
La Provence est une entreprise qui a beaucoup souffert d’un manque d’investissements ces dix dernières années. Or il faut investir beaucoup et le faire régulièrement du fait du bouleversement numérique que l’on connaît sur notre marché. Le principal problème de la presse, c’est la capacité des entreprises du secteur à réaliser ces investissements. Si on ne les mène pas, on décroche au sein du marché, avec des outils dépassés et parfois avec des expertises qui manquent. C’est une question absolument stratégique car cela empêche la presse de s’inscrire dans les nouveaux modes de consommation des médias. On prend alors 10 ou 15 ans de retard. C’est le cas ici, avec un modèle encore très tourné vers le papier, que l’on sait structurellement déclinant. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire le nécessaire pour maintenir le papier, mais si nous ne prenons pas appui sur le relai que représente le digital, on se retrouve très vite affaibli. Il y a donc la volonté d’investir significativement sur ce point, avec par exemple une enveloppe de 5 millions d’euros sur le numérique pour La Provence et Corse-Matin dès cette année. Pour essayer très vite, dès fin 2023, de retrouver une dynamique importante et de meilleurs outils. Cela passe par le système de publication éditoriale, par une nouvelle application mobile, un site internet plus performant, etc.
“La publicité à La Provence a moins performé en 2022 qu’en 2021, ce qui est particulièrement atypique au sein du secteur”