Avec du retard sur leurs homologues anglo-saxons (The Guardian, The Wall Street Journal, Financial Times, The New York Times…), les projets pour mieux intégrer les rédactions web et papier se multiplient au sein des quotidiens et hebdomadaires français : Le Monde, Le Figaro, La Croix, Le Nouvel Observateur, Le Parisien, 20 Minutes… Tous ont fait part de leur volonté d’opérer un rapprochement des rédactions web et papier, bousculés en particulier par les nouveaux supports numériques. Avec leur caractère instantané et participatif, internet, mobiles et tablettes exigent de nouvelles organisations au sein des médias. « Une rédaction doit vivre au rythme du digital, c’est-à-dire en temps réel et en en faisant une priorité : les longs papiers et les enquêtes doivent aussi être mis en ligne sur internet, indique à Satellinet Benoît Raphaël, conseiller de Claude Perdriel pour la stratégie numérique du Nouvel Observateur. Aujourd’hui, les journalistes participent peu au site web et pas toujours de la meilleure des façons. Les services web rassemblent souvent des journalistes plus jeunes, moins bien payés, réduits au bâtonnage de dépêches. C’est l’inverse qu’il faut faire et mettre la force éditoriale d’un média sur le web. » En France, les médias tentent donc de s’adapter avec la mise en place de projets depuis le début de l’année. Tous avancent prudemment et de manière pragmatique mais l’objectif est le même : profiter du développement des audiences sur les supports numériques pour trouver de nouvelles recettes tout en diminuant les coûts de production.
LE MONDE COMMENCE PAR LA FUSION DE SES SERVICES POLITIQUES
La nouvelle direction du Groupe Le Monde, (1 300 collaborateurs dont 564 journalistes), conduite par Erik Izraelewicz depuis février dernier, souhaite développer ses activités numériques selon les grandes orientations dressées par les nouveaux actionnaires, Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse. Cela passe par une refonte de l’organisation structurelle. Depuis 1995 et surtout 2000, Le Monde a effectivement fait le choix d’une grande rédaction dédiée au web et autres supports numériques (mobiles, tablettes), rattachée au Monde Interactif. Les 40 journalistes du monde.fr (4,5 millions de VU en avril, Médiamétrie/NetRatings), sont ainsi répartis en quatre pôles, « selon le rythme de traitement de l’info, du plus ‘‘chaud’’ au plus ‘‘froid’’ : une équipe est en charge de la réactivité (10 personnes), une autre de l’approfondissement de l’information, une troisième travaille en dehors de l’actualité sur des formats longs (les webdocumentaires par exemple) et enfin une dernière équipe travaille sur la production de contenus spécifiques pour les abonnés », indique Alexis Delcambre, rédacteur en chef du monde.fr, interrogé par Satellinet. D’abord séparée physiquement du siège, la rédaction web a été rapprochée de la rédaction papier avec le regroupement dans les mêmes locaux à l’automne 2009.