La rédaction de Rue89 s’est mise en grève durant 36 heures, fin 2013, pour réclamer plus de moyens de la part de la direction du Nouvel Obs et pour critiquer le nouveau header du site. Partagez-vous ces revendications ?
La crise de décembre est née d’un conflit identitaire : les journalistes ne demandaient pas des augmentations de salaire ou des congés supplémentaires. C’est plutôt la réaction d’une équipe pour qui Rue89 a une dimension culturelle très forte, et qui pense et agit comme un pure player au sein d’un groupe traditionnel. D’où des incompréhensions réciproques, mais ce conflit nous a permis de mieux nous comprendre et de mieux nous parler. Nous étions dans une forme de routine. Cette crise a donc eu des effets positifs malgré tout.
Est-ce à dire que le rachat de Rue89 en janvier 2012 par Le Nouvel Observateur, puis son intégration, ont été mal préparés ?
On a essuyé les plâtres : il n’y a pas beaucoup de précédents où des pure players sont acquis par un groupe et où ils conservent une telle autonomie. Evene a été totalement absorbé par Le Figaro, Newsweb par le groupe Lagardère… La cession s’est faite très vite. Nous voulions conserver notre identité et nous avons sous-estimé les étapes à franchir. On peut dire que c’est un rendez-vous raté entre le groupe et nous : nous avons été trop occupés par la sauvegarde de notre indépendance, tandis que le groupe Nouvel Observateur a sans doute eu peur de donner l’impression de nous étouffer. Je pense par exemple à notre autonomie géographique, qui s’avère en fait un frein pour une bonne communication et le travail en commun avec le reste du groupe (Rue89 est situé rue de L’Est, dans le 20e arrondissement de Paris, alors que le groupe Nouvel Observateur est basé place de la Bourse, dans le 2e arrondissement parisien, ndlr).