UN MANQUE DE TEMPS ET D’EXPERTISES
Si tous les groupes interrogés affirment que l’intérêt journalistique pour les nouveaux contenus et l’innovation a été assimilé par les rédactions, des freins subsistent dans les organisations traditionnelles des médias en ligne, à la fois en ressources et en compétences. La question technique ne se pose plus pour les « lives », ces événements traités en direct et en continu, qui sont exploités avec des outils simples et intuitifs tels que des CMS propriétaires, Scribble Live, Coveritlive, voire Storify (lire notre dossier dans Satellinet n°71) et qui sont bien maitrisés par les rédactions. Elle demeure en revanche pour les formats plus ambitieux, tels le webdocumentaire ou la datavisualisation. « Economiquement, nous ne pouvons pas affecter deux ou trois personnes en continu sur des formats comme ceux-là », souligne Vincent Florant, directeur adjoint des éditions électroniques de Libération. Au sein du Groupe Express-Roularta, Sophie Gohier, directrice nouveaux médias, a d’ailleurs expérimenté il y a deux ans une cellule dédiée au datajournalisme. Lancé en 2011 et constitué d’un pôle de 4 personnes (développeur, graphiste, consultant…), « le projet a pris fin au bout de quelques mois car il était à l’époque trop gourmand en ressources et pas assez concret », indique Sophie Gohier. Une autre barrière dans le développement des nouveaux formats et la participation des rédactions : celle du manque de temps dont disposent les journalistes et les métiers annexes pour réfléchir et apprendre la conception et la production de nouveaux contenus.
DE PREMIÈRES ORGANISATIONS PERMANENTES ET LE RAPPROCHEMENTS DES ÉQUIPES DIGITALES
La création à long terme de cellules dédiées à l’innovation au sein des médias français reste timide et suppose une prise de conscience de l’intérêt d’investir sur de nouveaux formats, en ressources humaines et financières. Cela peut venir d’un événement interne. A Rue89, c’est le travail effectué autour du lancement de la nouvelle version du site qui a été un premier élément déclencheur il y a un an. « On s’est rendu compte de la nécessité d’organiser davantage en amont la réflexion autour de nouveaux contenus », indique Yann Guegan, rédacteur en chef adjoint. Jusque-là responsable du community management du site, c’est d’ailleurs lui qui a été nommé responsable du sujet avec les fonctions de rédacteur en chef adjoint. Cette ambition initiale a été renforcée par le rachat du site par le Groupe Nouvel Observateur en janvier dernier, qui prévoit de faire de Rue89 un laboratoire et un lieu d’innovation pour le groupe.