La publicité segmentée va offrir de nouvelles perspectives pour les groupes audiovisuels

Image à la une de l'article La publicité segmentée va offrir de nouvelles perspectives pour les groupes audiovisuels
Cet article vous est proposé gratuitement par la rédaction.
Lancez votre essai gratuit de 15 jours pour découvrir l’ensemble de nos contenus

La data activée en publicité est un axe stratégique de développement des groupes audiovisuels. Depuis quelques années, son usage s’est développé via l’apparition de nouvelles modalités de ciblage, par exemple en fonction des habitudes d’achats des téléspectateurs et par le développement d’offres sur les supports digitaux, autant sur le replay que sur le live.

Pierre Renaldo, expert data au sein de TF1, livre son analyse sur les possibilités offertes par l’utilisation des données pour la publicité télévisée : la publicité TV segmentée.

La publicité ciblée en télévision est le plus récent levier d’activation apparu pour monétiser de manière plus qualitative les audiences des acteurs audiovisuels. Pour les annonceurs, elle offre la possibilité de bénéficier des atouts de la publicité TV (reach important, brand safety, visibilité, écran haute résolution…) tout en utilisant les capacités de ciblage du digital. Pour les groupes TV, c’est aussi l’occasion d’essayer de rééquilibrer les rapports sur le marché et d’améliorer leurs offres face aux GAFA, qui sont soumis à bien moins d’obligations et de contraintes légales qu’eux en France.

Mais, quand nous évoquons la publicité TV segmentée, de quoi parle-t-on exactement ? C’est la capacité de diffuser des publicités à des groupes de téléspectateurs sur la base d’informations captées, déclarées et non extrapolées d’un panel (Médiamétrie en France, Nielsen aux Etats-Unis…). Cela peut concerner leur localisation (code postal…), leurs habitudes TV (Petits / Moyens / Gros téléspectateurs, affinité thématique…), le profil de leur foyer (composition, revenus…)… Cela, quel que soit l’écran utilisé et le mode d’accès (live ou replay).

Ces data s’avèrent donc complémentaires des cibles actuelles. La France en est au stade des expérimentations et de la création d’un écosystème. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont des marchés plus matures et, malgré des différences (législation, modes de réception TV), ce qui s’y passe donne une idée des attentes pour ce type de publicité et des indications sur les enjeux à adresser.

Les premiers pas en France

On évoque à 200 millions d’euros le volume d’investissements supplémentaires en TV à horizon 2022 (source SNPTV). L’attente des annonceurs pour ce type de publicité TV est réelle. Elle est visible au travers des centaines de millions d’euros déjà investis aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Sur le marché français, les chaînes TV ne sont pas restées inactives sur le sujet et se sont concentrées sur les supports digitaux : site web, application et replay via les box. Depuis trois ans, des réflexions techniques sont engagées par tous les groupes audiovisuels pour proposer des dispositifs de ciblage avancé sur les contenus TV proposés en ligne.

Dès octobre 2015, par exemple, TF1 a permis à la Française des Jeux et à la Société Générale de cibler les fans de rugby avec l’adswitching, pour substituer aux spots diffusés sur TF1 des spots spécifiques à la diffusion de la chaîne sur le digital. Depuis, le dispositif est activable sur la base du profil socio-démo de l’internaute sur plus de 13 millions de Français. Un cran plus loin, fin 2016, TF1 et Orange permettaient à trois annonceurs (La Poste, Orange et Flight Experience) de cibler sur le replay IPTV les foyers abonnés à l’opérateur et équipés d’une box TV (ayant validé un optin spécifique) en fonction de leur code postal.

L’expérience a été industrialisée depuis, et une trentaine d’annonceurs, notamment des secteurs de la distribution et du tourisme ont profité de cette possibilité de ciblage.

Les exemples américains et britanniques

Des chiffres récemment publiés par eMarketer pour le marché américain donnent une idée de l’attrait de la publicité TV segmentée : plus de 750 millions de dollars dépensés en 2016, 1 milliard prévu en 2017, et, à horizon 2019, 3 milliards de dollars. Lors de la grande messe annuelle de pré-vente des espaces publicitaires des networks TV (l’upfront Market) a illustré cet engouement avec des engagements en forte hausse (notamment multiplier par deux chez Turner, + 40 % pour la Fox).

Au cours des dernières années, tout en développant de nouvelles cibles data pour la publicité TV classique, les networks TV ont travaillé leur plateforme TV segmentée pour permettre aux agences et annonceurs d’activer des campagnes. Début 2017, trois acteurs (Fox, Turner, Viacom – tandis que NBCU semble vouloir intégrer cette alliance) ont annoncé le lancement (prévu ce mois-ci) de la plateforme OpenAP qui permettra de standardiser des segments d’audiences entre les trois acteurs. Par ailleurs, dans l’optique de rassurer sur la qualité de la diffusion des campagnes, NBCU et Fox ont passé un accord avec un spécialiste du tracking des campagnes publicitaires en digital pour mesurer visibilité et taux de complétion.

Au Royaume-Uni, le marché est aussi en effervescence. Virgin Media a rejoint AdSmart, la régie de son concurrent Sky, pour former une offre forte d’un bassin de 30 millions de téléspectateurs activables via une plateforme unique. Channel 4 et ITV développent leur propre plateforme, tout en travaillant avec des acteurs techno communs,notamment sur l’insertion dynamique de spots dans les flux vidéos live.

Enfin, GroupM vient d’annoncer le lancement de son DSP TV pour, à terme, acheter, sur tous les écrans, de l’espace pub segmenté que ce soit en TV linéaire ou en replay. Ces mouvements montrent que, passés les premiers tests, le marché décolle d’autant plus fortement et rapidement que l’activation de la data est facilitée sur une large part des téléspectateurs et que la mesure de la qualité de la diffusion est « certifiée ».

Les questions en suspens

Si la France bénéficie d’atouts importants (notamment avec un taux de réception de la TV via une box ADSL/fibre, ou une TV connectée de près de 60 %, et attendu à 75 % en 2020), plusieurs défis sont à relever pour voir la pub TV segmentée décoller. Les groupes audiovisuels ont décidé d’y travailler collectivement, sous la bannière du SNPTV (Syndicat national de la publicité télévisée), afin de structurer et normaliser ce marché. D’abord, côté législatif, il est nécessaire que le décret de 1992 imposant l’intégrité du signal pour tout le territoire (hors décrochage locaux autorisés) soit modifié.

Par ailleurs, avec l’entrée en vigueur, prévue en mai 2018, du RGPD (Règlement général sur la protection des données), la question de l’obtention du consentement du téléspectateur sera centrale pour pouvoir proposer un pool de data conséquent.Les modalités pour faire coexister les publicités segmentées et « classiques » seront à définir de manière à ne pas déstabiliser l’écosystème existant. Médiamétrie et les chaînes de TV ont entamé la réflexion. De même, la manière de rassurer les agences et annonceurs sur la qualité de la data est un chantier ouvert.

Enfin, la technique devra être un facteur facilitant l’activation des campagnes sans pénaliser l’expérience du téléspectateur (fluidité du flux). Les chaînes et le SNPTV travaillent aussi avec les opérateurs télécoms. Objectifs : répondre aux modalités définies par les acteurs du marché publicitaire et homogénéiser le process technique sur l’ensemble des plates-formes.

Vous avez une information à nous partager ?
Article à retrouver dans La lettre mind Media n°357
Chaque mois, retrouvez l'essentiel de nos articles
Lundi 6 novembre 2017
Nos autres services
mind Research
Décider : un service de recherche et de market intelligence sur mesure pour alimenter vos analyses et appuyer vos prises de décisions.
En savoir plus
mind Learning
Se former : des formats courts pour le management, le coaching de dirigeants, la montée en compétence de profils junior.
En savoir plus
mind Events
Se rencontrer : des conférences d'une demie journée dédiées aux problématiques du secteur et ouvertes à l'ensemble de l'écosystème.
En savoir plus
Ce que vous devez absolument lire cette semaine
Les contenus essentiels de la semaine sélectionnés par la rédaction.
Voir tout
Droit d’auteur et IA : les syndicats d’éditeurs partagés entre déception, prudence et satisfaction après l’avis de l’avocat général de la CJUE (Like Company c/ Google) 
mind Media a interrogé les organisations représentatives des médias français et européens pour connaître la lecture qu’elles font de la position de l’avocat général de la Cour de justice de...
5 novembre 2026
Anthropic a signé son premier accord de licence avec un média, l’agence AP
L’info. Anthropic a signé un accord avec l’agence de presse américaine Associated Press, afin d’avoir accès aux données des élections...
5 novembre 2026
Accord en commission mixte paritaire sur la proposition de loi renforçant les droits voisins 
L’info. Réunis mercredi 4 novembre, les députés et sénateurs membres de la commission mixte paritaire (CMP) dédiée à la proposition de loi...
4 novembre 2026
La creator economy, un marché de 9 milliards d’euros en France en 2026 
L’info. L’économie de la création de contenus est estimée en France à 10,1 milliards de dollars en 2026 (environ 9 milliards d’euros, +23,7% en un...
4 novembre 2026
Les articles les plus consultés du mois sur mind Media
Ce sur quoi les lecteurs cliquent le plus le mois dernier.
Ce sur quoi les lecteurs cliquent le plus le mois dernier.
1
Des usages audio de plus en plus fragmentés, qui posent des enjeux pour les éditeurs
L’info. Médiamétrie a présenté mardi 6 octobre la dernière édition de son étude annuelle sur les usages audio en France. 83% des...
6 octobre 2026
2
Leboncoin obtient que ses 705 millions d’euros de préjudices réclamés hors de France contre Google soient jugés à Paris
L’info. Selon les informations de mind Media, dans un arrêt rendu mercredi 14 octobre, la cour d’appel de Paris a infirmé le jugement Leboncoin contre Google rendu par le...
15 octobre 2026
3
Fermetures, cessions, synergies, soutien public… Quel avenir pour les chaînes TV locales ?
Le Télégramme Médias, Rossel, La Dépêche du Midi, mais aussi Télé Grenoble, Angers Télé, une partie des activités de 20MinutesTV et de BFM… De nombreux acteurs de la télévision locale ou régionale...
23 octobre 2026
4
Tristan Lemoîne (M6 Unlimited) : « Notre ambition est d’être le leader de l’IA agentique dans l’univers du broadcast” 
Confrontée à un marché publicitaire sous tension, la régie du groupe M6 fait le pari de l’IA agentique, de la simplicité d'achat et de l'élargissement de son portefeuille d'annonceurs, en tentant...
7 octobre 2026
5
Médias et créateurs de contenus : une convergence qui cherche encore son modèle
Que ce soit TF1 avec Gaspard G, Ouest-France avec son accélérateur “OFF7 Creator”, Prisma Media avec “Les Projets Créateurs”, ou même M6 avec Michou à l’occasion de la Coupe du Monde, les...
16 octobre 2026
6
Canal+ lance une offre gratuite de streaming sportif pour développer l’abonnement et la publicité
L’info. Canal+ a présenté jeudi 8 octobre une offre numérique de sport, totalement gratuite, intégrée au sein de son application et baptisée Sport...
8 octobre 2026