La transformation de la presse à l’international
mind Media publie à partir d’aujourd’hui et tout au long des prochaines semaines une série d’entretiens avec des responsables au sein de grands éditeurs de presse étrangers pour évoquer leur vision et leurs pratiques en matière de mutation des titres de presse.
Voici ci-dessous celle de Stephen Dunbar-Johnson pour le New York Times aux Etats-Unis.
Celle de Vicente Ruiz Gomez, directeur numérique d’El Mundo en Espagne, est disponible ici.
Et celle de Christian Röpke, managing director online de Die Zeit en Allemagne est disponible ici.
En 2020, le New York Times avait enregistré une année record en termes d’abonnements avec 2,3 millions de nouveaux souscripteurs. Quelle est la tendance en 2021 et quel bilan tirez-vous de la crise sanitaire sur les activités du New York Times ?
2021 a également été une année très intéressante pour le New York Times ; nous avons enregistré une forte hausse des abonnements durant cette année (8,4 millions d’abonnés fin septembre 2021, + 21 % en un an, et + 19 % de revenus, ndlr). Les premiers mois de l’année ont été marqués par une actualité riche, avec l’investiture de Joe Biden et l’assaut du Capitole par des militants pro-Trump le 6 janvier, des événements qui ont boosté les abonnements de manière assez nette. Le deuxième trimestre a été beaucoup plus mou : notre couverture du coronavirus a généré beaucoup de trafic mais les lecteurs ont commencé à se lasser de ce genre d’articles. En revanche, le troisième trimestre a été notre meilleur trimestre depuis le lancement de la version numérique payante du New York Times (+ 455 000 abonnés numériques uniquement entre juillet et septembre 2021, ndlr) : nous avons eu une actualité foisonnante aux États-Unis, marquée par les événements climatiques extrêmes et le retrait de l’armée américaine d’Afghanistan. 2021 a également été marquée par une croissance publicitaire beaucoup plus forte que ce que nous avions prévu, notamment en ce qui concerne la publicité en ligne, plébiscitée par les annonceurs du luxe. Cette tendance a profité à nos revenus digitaux et papier.
Que représente le New York Times aujourd’hui ?
Au terme du troisième trimestre 2021, le New York Times a franchi la barre des 8,4 millions d’abonnés à son site et à son édition imprimée. Le groupe totalise désormais un million d’abonnés numériques en dehors des États-Unis. C’est une étape importante pour nous puisque ce chiffre se situe à mi-chemin de notre objectif à l’international, qui est de 2 millions d’abonnés numériques. Il s’agit d’un chiffre à notre portée puisque nous avons doublé nos abonnements internationaux au cours des deux dernières années. Notre rédaction compte plus de 1 700 journalistes. C’est l’effectif le plus élevé de l’histoire du New York Times ; en 2011, lorsque nous avons lancé notre mur payant, la rédaction comptait 1 200 journalistes. Depuis, nous n’avons cessé d’investir massivement dans le journalisme, notamment dans le journalisme d’investigation et l’analyse visuelle. Notre devise est simple : « le journalisme de qualité est bon pour les affaires. » Cela peut sembler simpliste, mais c’est ce qui constitue le cœur de notre stratégie. Si nous voulons que les lecteurs paient pour le New York Times, nous devons leur fournir le journalisme le plus qualitatif qui soit. Nous investissons également beaucoup dans notre couverture internationale, dans des sujets qui touchent les populations partout dans le monde, pas seulement dans des événements qui concernent spécifiquement les Etats-Unis. Par exemple dans la couverture des enjeux climatiques, pour lesquels nous avons une équipe dédiée de 12 journalistes. Nous avons l’ambition de devenir une organisation de presse mondiale.
Stephen Dunbar-Johnson
2013 President, International, New York Times
2008 Publisher, International Herald Tribune
1984 Advertising director UK, Financial Times
Où se trouve votre lectorat le plus important en dehors des Etats-Unis ?
Le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie – ce qu’on appelle en fait le marché anglo-saxon -, représentent de très bons marchés pour le New York Times. Le marché anglo-saxon représente 45 à 48 % de nos lecteurs hors Etats-Unis. Nous estimons disposer encore d’un grand potentiel de croissance car le nombre de personnes capables de lire en anglais et à la recherche de contenu international ne cesse d’augmenter. Il y a beaucoup de jeunes qui étudient en anglais dans le monde entier, ils représentent une cible importante pour nos abonnements en ligne. Publier en langue anglais est évidemment un gros avantage. Nous comptons des abonnés dans toute l’Union européenne, notamment en Allemagne et en France, où notre nombre d’abonnés est plutôt bon.