Comment se positionne Kyutai au sein du secteur de l’IA, très foisonnant et très concurrentiel ? Quels sont le rôle et l’implication de vos fondateurs ?
Kyutai est un laboratoire d’intelligence artificielle (IA) lancé il y a quasiment deux ans. C’est une structure indépendante, privée, mais à but non lucratif, dédiée à la recherche en intelligence artificielle ouverte. Elle a été créée non pas sur la base d’un investissement, mais de donations provenant de mécènes fondateurs, que sont Xavier Niel, Rodolphe Saadé et Eric Schmidt (respectivement fondateur du groupe Iliad, créateur de 42 et actionnaire de référence du groupe Le Monde ; PDG de CMA CGM ; et ancien président de Google, ndlr), qui partageaient la conviction qu’il est nécessaire de faire émerger un grand acteur de l’IA en Europe, différent des grandes entreprises que nous connaissons (les fondateurs-donateurs avaient évoqué la nécessité de développer une souveraineté française et européenne en matière d’IA, ndlr). Nos projets ne portent pas sur la recherche fondamentale, c’est de la recherche très appliquée. Nous développons des modèles IA généralistes de fondation, que nous mettons ensuite à disposition. Cela implique énormément d’ingénierie. Nous avons donc des ingénieurs et nous créons des briques technologiques qui peuvent servir à d’autres structures, ou à nous-mêmes, pour aboutir à des produits. L’objectif est d’ouvrir une voie nouvelle, en ayant un laboratoire au meilleur niveau mondial, doté de moyens importants, et pratiquant la recherche ouverte. Nous espérons inspirer d’autres initiatives. Son impact doit se mesurer sur l’écosystème français et européen, dans un contexte de très forte compétition et d’enjeux géopolitiques autour de l’IA. Leur vision était donc fondée, et elle l’est plus que jamais.
Patrick Pérez
Depuis 2023 : CEO, Kyutai
2018-2023 : Director, Valeo.ai
2009-2018 : Distinguished Scientist, Technicolor
2004-2009 : Senior Scientist, Inria
2000-2004 : Researcher, Microsoft
1994-2000 : Researcher, Inria
De quels moyens disposez-vous ? Est-ce suffisant, ou vos activités appellent-elles déjà la nécessité d’un nouveau financement ?
Les fondateurs se sont engagés à donner 300 millions d’euros à Kyutai, avec un financement qui arrive par tranche. Comme c’est une somme finie et que nous ne développons pas de revenus, elle n’est pas nécessairement suffisante pour durer éternellement, d’autant qu’une grande partie est destinée à louer les machines de calcul et à s’assurer que nous ayons les moyens suffisants, en termes de puissance de calcul, pour développer le type de projets ambitieux qui nous intéressent et qui ont l’impact recherché. C’est énormément de ressources allouées uniquement à la recherche. Nous avons une bonne marge de manœuvre et avons encore plusieurs années devant nous avec le financement actuel, mais nous avons effectivement vocation à réfléchir à des pistes pour aller au-delà de ces ressources initiales. L’idée est d’abord d’embarquer de nouveaux donateurs, et ensuite d’explorer d’autres pistes pour compléter ce financement par donation. Mais le cœur du modèle repose sur notre statut à but non lucratif, puisque nous sommes une fondation – et nous pourrions devenir une fondation reconnue d’utilité publique, c’est en tout cas notre vœu. Et si nous développons des revenus, cela doit rester minoritaire dans nos ressources.