Vous avez intégré le groupe L’Equipe comme directeur général adjoint en janvier 2021 avant d’en être nommé directeur général en mars. La crise sanitaire a eu un impact important sur les médias. Quel bilan en tirez-vous pour L’Equipe ?
Nous sortons d’une période très particulière, avec une pandémie qui a beaucoup affecté le groupe. La baisse des investissements publicitaires a été importante ; nos grands annonceurs, issus des paris en ligne, du tourisme et de l’automobile, ont stoppé ou presque leurs investissements durant plusieurs mois. Les confinements à domicile et l’arrêt des compétitions ont eu un impact sur les audiences, avec une baisse de 30 % d’audience entre mars et juillet 2020 et sur les ventes (entre mars et juillet 2020, la diffusion individuelle payée mensuelle du journal L’Equipe à baissé en moyenne de 18 % par rapport à la même période en 2019, selon l’ACPM, ndlr). Ce contexte a beaucoup pesé. Du jour au lendemain, les activités sportives, qui constituent la matière première de nos contenus, ont été longuement stoppées avant de reprendre dans des conditions particulières. Là où les titres de presse, sites internet et chaînes TV généralistes ont pu s’appuyer sur une actualité abondante autour du Covid-19, ce ne fut pas le cas pour un titre de sport comme le nôtre, S’y ajoutent les pertes dues aux difficultés financières de Presstalis puis sa liquidation. Le groupe a affiché un peu plus de 10 millions d’euros de pertes en 2020.
Laurent Prud’homme
Mars 2021 Directeur général du groupe L’Equipe après avoir été recruté comme directeur général adjoint en janvier
2019 Senior vice president et directeur France à Eurosport
2018 CEO de Eurosport Events
2010 Directeur des acquisitions à Eurosport
2009 Directeur adjoint des acquisitions à TF1
Le contexte social a été difficile avec les salariés du fait de la mise en place d’un PSE. Où en est ce processus aujourd’hui ?
Un PSE n’est jamais une décision facile à prendre, c’est évident, mais il était nécessaire du fait de la situation que je viens de décrire et du problème économique que nous avions à résoudre. Nous avons donc dû mettre en place un plan économies (le montant des économies prévues par le premier plan d’économie annoncé en interne à l’automne 2020 était d’environ 5 millions d’euros selon l’intersyndicale, un montant sans doute proche de celui retenu, ndlr) associé à un projet de développement et de transformation. Nous sommes en train de clôturer le processus du PSE, à savoir la suppression de 56 postes et la création de 12 autres dans les activités numériques. Enfin France Football est passé d’hebdomadaire à supplément mensuel de L’Equipe (chaque deuxième samedi du mois, ndlr). Ce dispositif a pour vocation de préparer l’avenir et vise à transformer le groupe, j’insiste sur ce point. Les bases sont là ; on a pu mesurer l’an dernier la forte capacité de résilience et l’agilité de la rédaction qui a publié un quotidien de qualité tous les jours malgré l’arrêt des compétitions. J’en parle d’autant plus facilement que je n’étais alors pas présent au sein du groupe. La crise sanitaire a été un tournant car elle a permis de considérer le sport dans une dimension globale : comme un sujet de société, politique, économique, écologique et même technologique. Il faut s’appuyer sur cela pour transformer le groupe et continuer d’enrichir notre offre éditoriale.
Que représente L’Equipe aujourd’hui ?
Le nombre de salariés du groupe l’Equipe est de 485 collaborateurs en CDI, dont 338 journalistes. Il faut y ajouter les 70 collaborateurs de 21 Productions, structure créée cet été afin de produire les magazines de football d’Amazon en France. Le chiffre d’affaires pour l’année 2020 se situe à 130 millions d’euros, avec une perte légèrement supérieure à 10 millions d’euros. La diffusion papier du journal diminue ; cette baisse est en partie compensée par la progression des abonnements numériques. L’Equipe totalise environ 335 000 abonnés numériques, en direct et via des partenaires de commercialisation. En 2020, le numérique a représenté environ 20 % du chiffre d’affaires de L’Equipe, le papier 51 % et la télévision 21 %. En 2019, c’était respectivement 20 %, 60 % et 18 %. Enfin notre chaîne de télévision bat régulièrement ses records d’audience. Sur les douze derniers mois, la barre du million de téléspectateurs a été franchie à 24 reprises, pour une part d’audience moyenne d’1,5 %, en progression de 0,2 point en un an. Le socle de notre chaîne sont les talks, avec L’Équipe d’Estelle, devenu aujourd’hui L’Equipe de Greg, qui réunit à 17h15 du lundi au vendredi environ 290 000 téléspectateurs en moyenne entre août 2020 et août 2021, en hausse de 30 % en un an. L’Équipe du Soir, à 19h45, a réuni 270 000 téléspectateurs en moyenne, en hausse de 20 %. Ces programmes ont encore fait mieux durant cette rentrée, avec des records aussi bien pour Grégory Ascher qu’Olivier Ménard.

« Le contexte est difficile. Les usages des lecteurs sont de plus en plus fragmentés et les médias doivent faire face à des concurrents nombreux et bénéficiant de moyens supérieurs.