Réunir et publier jusqu’à 200 indicateurs uniquement concernant son propre personnel sur 17 sujets (effectifs, égalité, formation, dialogue social, santé-sécurité…). L’exercice inédit représenté par la directive CSRD pouvait avoir un caractère vertigineux pour les entreprises concernées pour la première fois par une obligation de transparence à partir de 2025. D’autant plus dans un moment où le discours grandissant contre la “bureaucratie” parmi les directions générales, relayé par les lobbies et au niveau politique, a amené l’Union européenne à revoir sa copie. Les seuils de la directive, le niveau d’assurance apporté par les auditeurs et le nombre d’indicateurs exigés sont en passe d’être abaissés avec le projet de directive omnibus négocié en ce moment au Parlement européen. Malgré ce contexte, selon une étude réalisée au printemps par WeAreEurope auprès de 1 000 entreprises, 88% répondent que la CSRD “incarne la vision économique, sociale et environnementale européenne” quand 62% la considèrent comme un “atout stratégique” pour la souveraineté du continent.
Ainsi, s’il n’existe pas de données officielles sur l’éventuelle absence de rapport de durabilité parmi les premières entreprises concernées par l’entrée en vigueur (celles de plus de 500 salariés et 40 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel), celles basées en Allemagne sont les plus représentées malgré l’absence de transposition à date. C’est ce que montre l’Efrag, le Groupe consultatif européen sur l’information financière, l’association qui a défini les indicateurs de reporting, dans une étude portant sur les premiers rapports de CSRD publiée en juillet. Elle révèle par ailleurs que 99% des sociétés ont publié des données sur leur force de travail (le standard de reporting ESRS S1). Ce qui veut dire que leur analyse de double matérialité, qui consiste à évaluer l’effet financier d’un thème de durabilité pour elles et leur impact sur la société en la matière, les a amenées à considérer le sujet comme matériel les concernant.
Nous avons saisi l’opportunité représentée par cette nouvelle masse d’informations auditées pour définir un outil de comparaison des conditions de travail dans les grandes entreprises européennes. mind RH s’est concentré pour cela, dans une étude inédite, sur cinq indicateurs chiffrés : le turnover, l’écart salarial entre femmes et hommes, le taux d’accidents du travail, le taux de temps partiels et le taux de couverture par la négociation collective. Nous avons sélectionné quatre pays qui comptaient le plus d’entreprises (57 basées en Allemagne, 36 au Danemark, 44 en France et 41 aux Pays-Bas) parmi la publication de rapports de CSRD fin juin. Elles sont présentes dans 14 secteurs différents, la banque et l’assurance, la métallurgie et les services aux entreprises étant les plus représentés. Leur taille moyenne est de 62 000 salariés dans le monde.
Un outil d’attractivité
Au moment de la présentation de la directive, l’exigence renforcée de transparence, tant sur l’impact social qu’environnemental, a été présentée comme devant contribuer à améliorer la qualité de l’information disponible sur ces sujets. Avec deux types de destinataires : les investisseurs qui souhaitent financer des entreprises durables mais également les particuliers, notamment les candidats au recrutement et les salariés des entreprises.