Anne-Laure Gayet, Fondation Jérôme Gayet : « Peu d’enseignes ont vraiment fait du retour à l’emploi leur priorité RSE »

Image à la une de l'article Anne-Laure Gayet, Fondation Jérôme Gayet : « Peu d’enseignes ont vraiment fait du retour à l’emploi leur priorité RSE »
Atypique, car composée de mentors bénévoles venus essentiellement du secteur du retail, de l’e-commerce et de la tech, la fondation Jérôme Gayet va fêter ses cinq ans en 2025. Alors que de nouveaux projets arrivent, elle s’apprête à lancer un nouveau type d’accompagnement pour les porteurs de projets en amorçage.
Cet article vous est proposé gratuitement par la rédaction.
Lancez votre essai gratuit de 15 jours pour découvrir l’ensemble de nos contenus

Pouvez-vous nous présenter la mission de la fondation Jérôme Gayet ?

Anne-Laure Gayet : La fondation a été lancée en avril 2020, quelques mois après le décès de Jérôme (Jérôme est l’ancien actionnaire de notre publication, renommée mind Retail en 2021, NDLR), sous l’égide de la Fondation Entreprendre. Reconnue d’utilité publique, elle est financée uniquement par des dons. Nous accompagnons des porteurs de projets en phase d’amorçage, basés dans les Hauts de France et en Ile de France. Leur point commun est celui du retour à l’emploi, de la réinsertion de personnes éloignées du monde du travail soit en raison de parcours cabossés, soit car ils sont porteurs de handicap. Ce sont tous des projets à impact, solidaires, certains avec une dimension environnementale, ayant pour objectif d’œuvrer localement pour une société plus juste et plus durable. Depuis 4,5 ans, nous avons accompagné 12 projets, parmi lesquels AJDB à Bagnolet (liens, jardins partagés et agriculture urbaine dans les quartiers), Chicon (solution de restauration anti-gaspi à destination de personnes en situation de précarité), Projet Z (académie de formation vers les métiers de développeurs), La Recyclerie ReSport (articles de sport et loisirs issus du réemploi), Remise Enjouée (remise en état puis revente de jouets), ReCycle Moi (collecte et réemploi de vélos), La Cuisine de Jeannette (transformation de fruits et légumes invendus et reconditionnés sous forme de tartinades, compotes, pickles, etc.), etc.

Quel est le budget annuel de la fondation ?

Il est de € 80 000 par an. La fondation s’appuie sur une trentaine de bénévoles, dont 19 mentors.

Comment sont accompagnés vos porteurs de projets ?

L’accompagnement, de 18 mois en moyenne, est réalisé par un binôme de mentors homme-femme pour plus de complémentarité. Ce duo est indispensable, car le fait d’être trois avec le porteur de projet crée une dynamique, une possibilité de relais, et surtout une relation forte. Nos mentors ne sont pas des professionnels de l’économie sociale et solidaire, ce sont tous des personnes qui travaillent dans le privé. Ce sont des personnes issues en grande partie du retail et de la tech, pour la plupart dans des fonctions de management, issues d’entreprises très axées sur le commerce. Via leur parcours professionnel et leurs compétences acquises, elles savent comment gérer un recrutement, passer une période compliquée en trésorerie ou mener une action commerciale. Etant toutes bénévoles, elles font aussi preuve d’un véritable engagement personnel, ce qui est moins le cas dans certaines grandes fondations où les accompagnants sont salariés. Concrètement, l’accompagnement se fait via des rendez-vous réguliers, mensuels à minima. En fin d’accompagnement, les mentors entrent souvent au conseil d’administration de la structure qu’ils ont accompagnée.

Apportez-vous des méthodes du privé au secteur de l’économie sociale et solidaire ?

Absolument, et c’est ce qui nous différencie. La plupart des porteurs de projet communiquent avec leur duo de mentors au fil de l’eau, via Whatsapp par exemple. L’an dernier, nous avons aussi lancé le format “master mind” : ces réunions regroupent le porteur de projet et une dizaine d’experts (en physique ou en visio), pour un brainstorming collectif. C’est un format extrêmement riche, où les idées fusent et où l’aspect collectif apporte une réelle valeur ajoutée. Ce mois-ci, la fondation lance également un nouvel accompagnement de niveau 2, plus ciblé, sur une durée d’un an. L’idée est de proposer aux porteurs de projets déjà accompagnés par la fondation un accompagnement très ponctuel sur des problématiques très ciblées. Comme par exemple mettre en place une nouvelle offre commerciale, des actions de marketing digital ou sur les réseaux sociaux, améliorer l’organisation logistique et faire monter en puissance l’équipe.

Comment l’écosystème du retail s’est-il engagé dans le travail de la fondation ?

Au départ, il y a eu de belles contributions d’acteurs comme Boulanger, Contentsquare ou encore Decathlon qui a accueilli dans ses locaux le projet La Remise Enjouée par exemple. Les membres de cet écosystème s’engagent surtout à titre individuel aujourd’hui. 

Selon l’étude OC&C, le taux de turnover en GMS a atteint 69 % aux USA en 2023. Les personnes en réinsertion sont-elles des salariés plus fidèles ?

Oui, et nous le voyons dans les projets que l’on accompagne. Mais en France, on constate que peu d’enseignes ont vraiment fait du retour à l’emploi leur priorité RSE. Aujourd’hui, les retailers sont axés sur leurs politiques RSE, couplées à d’autres initiatives comme le 1 % pour la planète ou le label B Corp. Boulanger, par exemple, s’engage pour l’éducation des jeunes. Chez Leroy Merlin, c’est l’’adaptation du logement au handicap ou la perte d’autonomie. Chez Rouge-Gorge, c’est la lutte contre les violences faites aux femmes. Le Groupe Nosoli (Decitre, Furet du Nord) est une exception : il prennent principalement des stagiaires issues de la Bouquinerie du Sart dans le cadre de leur parcours de résinsertion, pour des postes de magasinier (tri, mise en rayon…) en point de vente ou en entrepôt. Ces stages peuvent aller jusqu’à l’embauche. Les entreprises du retail pourraient agir très concrètement, en ré-embauchant des personnes issues de programmes de réinsertion menés par des acteurs de l’ESS, et les réintégrer dans leur effectifs. C’est étonnant qu’elles ne le fassent pas davantage, quand on connaît les taux de turnover dans le secteur. 

Quels sont vos priorités pour préparer 2025 ?

Alors que nos projets arrivent à une certaine phase de maturité, nous avons besoin de l’écosystème du retail pour poursuivre notre dynamique de croissance. Nous avons besoin d’un réseau d’entreprises autour de nous et de financements, pour apporter aux porteurs de projets des possibilités d’expertises. Nous sommes aussi preneurs d’expertises bénévoles sur des domaines très pointus, comme les réseaux sociaux, le marketing digital, l’e-commerce, la logistique, la diversification des sources de financement, la sectorisation comptable, etc.

Anne-Laure Gayet

-01/2020 – now : President, Jerome Gayet Foundation

-1994 : Graduate of the EDHEC Business School

Fondation Jérôme Gayet, prochaines dates à retenir

-1er octobre au 31 octobre : prochain appel à projets

-15 octobre : soirée annuelle à Lille

Vous avez une information à nous partager ?
Nos autres services
mind Research
Décider : un service de recherche et de market intelligence sur mesure pour alimenter vos analyses et appuyer vos prises de décisions.
En savoir plus
mind Events
Se rencontrer : des conférences d'une demie journée dédiées aux problématiques du secteur et ouvertes à l'ensemble de l'écosystème.
En savoir plus
mind Ads
Communiquer : des dispositifs sur mesure pour maximiser votre visibilité et engager une communauté de professionnels qualifiés.
En savoir plus
Ce que vous devez absolument lire cette semaine
Les contenus essentiels de la semaine sélectionnés par la rédaction.
Voir tout
Fuite de données clients : Vers une inversion de la charge de la preuve en Corée du Sud 
À la suite de la cyberattaque majeure survenue en décembre 2025 chez le n°1 local de l’e-commerce Coupang (CA 2025 : 34,5 milliards de dollars, +14%), ayant exposé...
Caméras IA : le texte sur la surveillance algorithmique est attendu au Sénat après les municipales
Après le rejet au Conseil d’Etat en juin dernier, l'Assemblée nationale a voté le 17 février 2026 pour l’autorisation de la surveillance algorithmique en magasin. Alors que le texte doit passer au...
20 mars 2026
Romain Mombert, Eurazeo : “Demain, les marques ne feront plus de l’acquisition de clients, mais d’agents IA”
Dans le foisonnement de start-up IA, comment distinguer celles qui apportent une véritable innovation et dans lesquelles il faut investir ? Pour quels métriques de valorisation ? Dans le retail et...
19 mars 2026
Éditeurs SaaS : le modèle à la licence vacille face à l’automatisation par l’IA
Avec le lancement de Claude Cowork, le secteur du logiciel, prisé des investisseurs pour ses revenus prévisibles et récurrents, marque le pas. Selon Bain, les indices...
19 mars 2026
Les articles les plus consultés du mois sur mind Retail
Ce sur quoi les lecteurs cliquent le plus le mois dernier.
Ce sur quoi les lecteurs cliquent le plus le mois dernier.
1
SAV : Prolong veut devenir l’OS de la réparation et séduit trois marques de luxe
Signature de trois clients haut de gamme, passeport de maintenance, levée en Seed, projet de migration de cloud en Chine… Au 1-to-1 Monaco, le fondateur de Prolong a partagé à mind Retail sa...
2
Conflits au Moyen-Orient : quel impact sur la supply chain et le retail européen ? 
Alors que les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran ont déclenché une crise majeure le 28 février 2026, les retailers doivent d’ores et déjà composer avec les fermetures de routes...
3
Au 1-to-1 Monaco, Aroma-Zone et Najar dévoilent les coulisses de leur partenariat stratégique
Alors que l’adoption de l’IA apporte une volatilité budgétaire croissante pour les entreprises, mind Retail s’est entretenu avec Vincent Coste, CEO de Najar, à Monaco, et avec Christelle Glaszer...
4
WhatsApp, SMS enrichis, Youtube, TikTok : zoom sur les leviers conversationnels qui engagent le mieux
Au-delà des traditionnels magasins et sites e-commerce, le retail a basculé dans l’omnicanalité conversationnelle, où WhatsApp, le RCS et le live shopping deviennent des moteurs de conversion et...
5
Étude Ahrefs : 25% des requêtes IA dans le retail sont transactionnelles
Pour mind Retail, le spécialiste du référencement en ligne Ahrefs s’est penché sur la nature des requêtes dans les moteurs d'IA. Objectif : mesurer la part des requêtes transactionnelles et de...
6
Après une plainte de la FTC, Walmart s’engage à verser 100 millions de dollars aux livreurs Spark
Le 26 février 2026, Walmart (CA 2025 : 713,2 milliards de dollars, +5,1% à taux constants) a accepté de verser 100 millions de dollars face à des accusations de...