Le contexte
En Europe, l’arrivée du passeport digital, ou Digital Passport Product, se précise. Cet outil fait partie intégrante du règlement européen ESPR (Règlement sur l’Écoconception des Produits Durables) publié en juillet 2024, qui remplace la directive de 2009 de l’écoconception pour les produits liés à l’énergie (par définition moins contraignante, NDLR). Son principe ? Pour chaque produit mis en vente sur le marché européen, un passeport digital contenant la totalité des informations sur sa fabrication et son cycle de vie devra être transmis au client final. L’Union européenne (UE) prend la suite de la Chine, où des tests de DPP sont en cours pour les batteries au lithium (avec l’institut CAICT). En Australie, le gouvernement envisage également d’introduire ce type de passeport d’ici 2028. Des tests y sont en cours, comme le Circular Design Thinking, qui développe des passeports pour les catégories mobilier et matériel agricole.
En juin 2025, le père du DPP Ilias Iakovidis, Senior Advisor chez DG Connect à la Commission Européenne, a rappelé son objectif à Bruxelles. “Dans un monde aux ressources finies, les marques et les retailers sont déjà confrontés au fait qu’ils pourront vendre moins d’objets, que ceux-ci vont durer plus longtemps, et ceci dans un contexte de croissance démographique ralentie”. Le DPP est un des outils de basculement d’une économie linéaire, dans laquelle les produits consomment toujours plus de matière première, à une économie circulaire. “Le régulateur est convaincu qu’il faut développer des logiques de « product-as-a-service » et donc faciliter la circulation des produits via des données qui lui sont rattachées, résume Pierre-Nicolas Hurstel, CEO chez Arianee, plateforme de passeports numériques basée sur la blockchain. L’objectif est de sortir de l’impasse des modèles poussant à extraire plus de matière, pour produire plus et vendre plus. Comme il n’est pas possible de fermer des entreprises ou de couper les ressources en taxe, le DPP est un levier pour générer une croissance qui ne soit plus entièrement corrélée à la production d’objets neufs. Ses données permettront de comprendre comment un produit est fabriqué à l’achat, favoriser sa réparabilité, sa revente et, le cas échéant, un meilleur recyclage.”
Contenu. Cet outil inclura 15 à 20 data points sur la matière, la provenance et les fournisseurs. “Il y a encore beaucoup de flou sur ce qui sera attendu au sein de ce DPP”, note Perrine Delobelle, CMO chez Tilkal, plateforme de centralisation de contenus digitaux.