En tant que dirigeant dans le retail et investisseur et membre de boards de start-up comme La Belle Vie, Beamy ou Commanders Act, vous avez vu l’écosystème retail tech se transformer, de l’investissement jusqu’à l’exit, comme pour Wibilong l’an dernier. Entre l’urgence de rationaliser les outils et le besoin de croissance, quels signaux faibles vous frappent aujourd’hui ?
Le marché de la retail tech est vraiment monté d’un cran en termes d’outils faciles à implémenter, riches en données, interconnectés et interconnectables aux autres technos. Aujourd’hui, toute start-up démarre à minima avec un à deux connecteurs, puis s’interface très vite avec toutes les grandes plateformes. Quand on les interroge, soit leur connectivité est finalisée, soit elles font le dernier effort dans ce sens. Auparavant, elles le disaient mais ce n’était que partiellement vrai et partiellement fiable. Derrière, c’est un enjeu de fluidité et de rapidité d’exécution. Concrètement, il s’agit de se brancher via API aux solutions des grands ERP (Microsoft, SAP, Oracle, Cegid), CRM (Salesforce) ou e-commerce (Shopify). On est aussi entrés dans la course aux coopérations et aux connexions avec des solutions d’IA sectorielles ou avec les grands LLM comme ChatGPT, Gemini et Perplexity.
Le souci, c’est qu’en face, les systèmes d’information de nombreux retailers gardent un legacy important, avec de l’ancien et du nouveau. Ils ont des difficultés à brancher ces nouveaux outils de manière agile.
Dans la conjoncture acuelle, la retail tech est-elle en train de vivre une simple correction budgétaire ou une mutation profonde de son modèle ?
Les budgets sont contraints voire coupés un peu partout, tout le monde est concentré sur l’opérationnel et le business. Beaucoup de retailers vont vendre leurs business latéraux, en food et ailleurs, avec des recentrages sur le cœur de métier. Dans l’alimentaire, un gros retailer français a déjà trébuché : ce n’est pas rien, et ce n’est probablement pas fini. Dans la mode, beaucoup ont trébuché ou tirent la langue, dans l’ameublement aussi. Le contexte de 2026 est aussi très incertain, sans projet de loi de finances et avec des perturbations sur le plan politique, les supply-chain, des conflits ou des risques de nouvelles guerres…