Contexte
L’allongement de la durée de vie et le vieillissement des populations amènent à rebattre les cartes pour les gouvernements et les entreprises. De nombreux pays repoussent progressivement l’âge de départ à la retraite pour assurer la viabilité de leur régime vieillesse. C’est le cas de la plupart des États européens mais également de la Chine, qui entre dans le processus à partir du 1er janvier 2025. Singapour a également annoncé au printemps dernier un relèvement de l’âge de départ à la retraite de 63 à 64 ans à compter du 1er juillet 2026, tandis qu’en mai dernier, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) suggérait au Costa Rica un recul à 67 ans (l’âge de départ à la retraite est actuellement de 65 ans pour les hommes et 63 ans pour les femmes). Ce changement de curseur a pour corollaire d’augmenter de manière plus ou moins sensible le taux d’emploi des salariés de plus de 55 ans. “On l’observe notamment en France à la suite de la réforme de 2010 avec le passage de l’âge légal de départ de 60 à 62 ans”, explique l’économiste Stéphane Carcillo, chef de la division emploi et revenus à l’OCDE. Toutefois, le taux d’emploi des plus de 55 ans reste dans la plupart des pays bien inférieur à celui des 45-54 ans et décroît fortement à partir de 60 ans, ce qui témoigne de la difficulté d’insertion ou de maintien dans l’emploi des salariés les plus âgés.
Enjeux
“Comment faire pour éviter qu’avec le recul de l’âge de départ à la retraite, de plus en plus de travailleurs en fin de carrière se retrouvent sans emploi ni retraite ?”, s’inquiétait la CFDT dans la lettre à ses adhérents en juin dernier. Le syndicat français pointait l’augmentation du nombre de personnes de 60-64 ans se retrouvant dans cette situation (chômage, invalidité) : plus 2,3 points entre 2014 et 2023. Les chiffres montrent en effet que le fait de relever la borne d’âge ne permet pas à lui seul d’augmenter de manière suffisamment notable le taux d’emploi des salariés les plus âgés et fragilise certaines catégories de salariés. “Certaines personnes, notamment parmi les moins qualifiées et les moins éduquées au départ, qui sont aussi les personnes les moins en capacité de se former tout au long de la vie, peuvent avoir du mal à se maintenir sur le marché du travail à court terme”, reconnaît Stéphane Carcillo. Le principal défi à relever, pour les gouvernements et les entreprises, est avant tout celui de l’employabilité et de la santé au travail des personnes qui avancent en âge. La dernière étude mind RH montre en effet que les pays où le taux d’emploi des 55-64 ans est le plus élevé comme l’Islande, la Suède, le Danemark ou les Pays-Bas, sont aussi ceux qui détiennent les plus forts taux de formation de cette tranche d’âge. C’est également ce que met en avant le dernier rapport publié par Eurostat sur le sujet. Il note que les pays qui se distinguent par un taux d’emploi de seniors élevés ont, non seulement mis en place des régimes de retraite flexibles et de bonnes conditions de vie au travail mais valorisent les compétences des salariés plus âgés. Ces pays ont porté leurs efforts sur la formation, notamment pour anticiper l’usure professionnelle des salariés exerçant un métier pénible.
Maintenir en emploi les seniors devient, par ailleurs, de plus en plus essentiel dans le contexte de pénurie de main-d’œuvre qui touche aujourd’hui un grand nombre de pays et notamment l’UE. Conscients de cette nécessité, certains États d’Europe ont mis récemment en place des mesures pour adapter les compétences et faciliter les reconversions professionnelles.